Football

Les Dieux de l’Olympe

par Charles Antoni.

lundi 11 juillet 2016 par herve

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Charles Antoni

Lorsque j’étais enfant, vers l’âge de neuf ans, il m’arrivait après le lycée de disputer trois matchs d’affilée. J’étais un fanatique du ballon rond : le Sport-Roi du 20ème siècle. Mes idoles étaient Andrade, Santos, Didi, les étoiles du football Brésilien. Pour l’enfant que j’étais tout cela était mythique car je ne les avais jamais vu jouer. Le rêve absolu.

Maracana : le temple du football Brésilien. Les dieux de l'Olympe s'incarnaient dans le rectangle sacré circonscrit par l'ovale de la foule en une communion totale formant "une chaîne d'union". Sorte de quadrature du cercle.

Garrincha le boiteux, aux jambes en fil de fer barbelé, aux dribbles insaisissables, était porté par tout un peuple, vrai Dieu vivant.

Symbiose entre le peuple et les Dieux dans un ici et maintenant total. Rite sacré où les tracas de la vie quotidienne s'évanouissent pour laisser place à une jubilation qui vous transporte à un autre niveau d'énergie.

Tel un jeu d'échec avec ses fous, ses cavaliers, ses rois, le combat fratricide doit se terminer par le Mat. Les deux équipes s'affrontent en un ballet où les corps, pleinement enracinés au sol, virevoltent en une sorte de danse, et les jambes, point dominant, dessinent des arabesques pour lancer, telles un centaure, la flèche qui atteindra sa cible.

Et puis il y eut la plus grande épopée que l'histoire du football ait jamais connue, avec une équipe de légende, une équipe Hongroise portée par son peuple, composée de joueurs fabuleux aux individualités si différentes mais complémentaires : Kocsis la Tête d'Or, Puskas, Hidegkut, Bozsik, Czibor, Lantos, Grosics, l'équipe dont on rêve enfant.

En cette époque noire qui nous enveloppe, le football reste le dernier bastion où tous les peuples de la terre peuvent encore célébrer une véritable liturgie collective les mettant en contact avec "quelque chose d'autre", d'indicible. Catharsis qui nous rend la vie plus tolérable, qui nous permet de transcender le stress, l'angoisse, la violence et le désespoir qui frappent le monde contemporain, nous aidant ainsi à traverser ce temps de Kali-yuga, comme le disent les Hindous.

Enfin il y eut Ben Barek la perle noire, Pelé le roi, Kopa l'intelligence, Cruiff la noblesse, Platini la " vista ", Maradona le demi-dieu.

Dans ce temple du ballon rond à douze facettes, comme les signes du zodiaque, ayant forme de pentagrammes et qui sont la représentation de l'homme, comme le soulignait Léonard de Vinci, ce ballon rond synthèse de l'univers, pierre cubique sans lequel le jeu n'existerait pas, va donner des ailes aux bras servant de balancier, au jeu de jambes, fait de dribbles, amortis, feintes, contrôles. Ces jambes qui sont notre préhistoire, qui nous ont portés jusqu'ici et qui réclament une présence totale jusqu'au bout des orteils.

Les 22 acteurs de ce drame shakespearien, comme les lames du tarot, vont remplir l'espace de toutes les passions humaines, de tous les débordements, assistés par un public jeune, aux réactions vives et spontanées, et tenter en une offrande, en un don de soi, en un sacrifice de rétablir l'ordre dans le chaos afin de préserver l'équilibre de l'univers, conditions essentielles sans lesquelles tout acte créateur ne peut se réaliser.

Ce jeu où l'on joue, ce jeu de la vie, ce jeu créateur peut nous apprendre à mettre à jour ce qui est au fond de chaque homme et que masque la vie quotidienne : la redécouverte de l'enfant qui sommeille en chacun de nous.

Paru dans "Le Supporter Marseillais" le 5 février 2003 Ecrit par Charles Antoni Directeur des éditions l’Originel.
Editions L’Originel
Voir en ligne : Charles Antoni auteur

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