CHAMANISME

Le Voyage Sacré Amérindien

Don Marcelino, interview par Charles Antoni

lundi 29 juin 2009 par herve

La retraite amérindienne est une invitation au respect de la vie. Du jour où l’on comprend que l’on est mortel, alors on a tout compris de la vie. On ne se berce plus d’illusions, on ne fait plus appel à des compensations. On sait qu’à la mort on laissera sur terre tout ce que l’on a acquis, que l’argent ne nous sera d’aucun secours pour le grand voyage. Alors on apprend à vivre l’essentiel, à être heureux dans ce temps de vie qui nous est accordé.
GIF - 9.3 ko
Le Voyage Sacré Amérindien
Editions L’Originel

C.A. : Don Marcelino, qu’est-ce que le Voyage Sacré ?

D.M. : C’est un contact vivant avec le monde parallèle. Il n’existe pas de technique pour "décoller". Le chant, la danse, la musique, celle du tambour par exemple, ou le silence, peuvent aider. Mais ce qui est indispensable, c’est la présence d’un guide qui reçoit et transmet cette énergie venue de l’autre réalité. Alors le niveau vibratoire de la personne prétendante au voyage s’élève. L’entrée est permise ou non par les êtres de l’autre monde. Elle ne dépend pas de nous, de notre volonté, de notre niveau intellectuel…

Une telle expérience ne peut être vécue par des gens motivés par une curiosité malsaine ou par les retrouvailles avec un être cher- un père ou une mère décédée- ou par la recherche de ses vies antérieures. La tradition amérindienne n’envisage pas la réincarnation.

Cette expérience est également interdite aux personnes mal dans leur peau, perdues, désincarnées, épileptiques, et en particulier à celles qui ont pris des drogues. Ces dernières subiraient une ouverture de l’esprit trop brutale, les confrontant à de très belles visions mais aussi à des monstres créés par leur imagination. Certains se sentiraient mourir.

Cette expérience permet d’accéder à un autre plan, une autre conscience. Le voyage se déroule sur une trentaine de minutes, sans drogue. Il est totalement paisible et chacun revient à lui tranquillement. Il ne provoque pas une sortie du corps, contrairement aux phénomènes rencontrés lors d’anesthésies ou d’opérations. Dans ces derniers cas, le patient se promène, on ne sait où et le retour dans son corps est très violent.

Chaque participant est invité à écrire aussitôt ce qu’il a vu, entendu et à le partager avec les autres lors d’une retraite ou bien de le raconter à son guide. En effet, très vite la mémoire se referme et tout s’efface.

Beaucoup voient leurs parents décédés, des ancêtres ou des guides liés à leur tradition spirituelle, Jésus, Mahomet… Très souvent ils oublient de leur poser des questions, des questions précises. Ces êtres, pourtant sont là pour les aider, pour veiller sur eux, pour leur indiquer leur mission personnelle sur terre.

C.A. : A qui s’adresse votre livre, Don Marcelino ?

D.M. : En guise de réponse, je vais vous raconter une histoire.

Lors de notre premier rendez-vous, un thérapeute belge m’a interpellé ainsi :

"- Je voudrais être initié. Je suis là pour un an, et je souhaiterais que vous m’initiiez à la médecine amérindienne.

Très surpris par une telle requête, je l’ai regardé et lui ai posé une seule question :

- Êtes-vous prêt à mourir ?

- Non évidemment, m’a-t-il répondu, interloqué.

- Dans une première étape, l’initiation, vous savez, c’est une mort à toutes vos certitudes, à votre personnage, à votre masque social, à votre petite personne qui sait tout, qui connaît tout, qui demande d’être reconnu, admiré, apprécié. S’exiler de son propre pays est parfois nécessaire, et devenir un étranger c’est vivre la mort de ses illusions et n’avoir comme compagnie que le silence et la solitude. L’initiation exige d’être un homme sans histoire. Vous sentez qu’il n’y a plus de repères. Par ce travail, vous commencez à toucher des réalités inconnues. Au cours de cette étape, la tentation de tout abandonner est très présente.

Dans une deuxième étape, l’initiation est une mort à la recherche du pouvoir : ne pas vouloir créer d’écoles spirituelles pour y donner son enseignement ou se préoccuper de la construction d’un ashram ; ne pas vouloir être reconnu à tout prix ; ne pas vouloir accumuler de l’argent. L’initiation consiste à se faire oublier pour avoir la porte ouverte à son Essence et comprendre ainsi qu’il n’y a rien à perdre parce qu’il y a l’éternité. Et puis, une année ce n’est rien. Vous êtes jeune, trente cinq ans. Un médecin amérindien commence réellement à approfondir sa pratique à partir de soixante ans, à maîtriser son savoir à partir de soixante quinze ans. Plus il vieillit, plus il approfondit ses connaissances. Et si l’on veut parler en termes de niveau, le premier niveau dure sept ans, le deuxième sept ans et ainsi de suite.

La troisième étape est la rencontre avec l’humilité qu’il ne faut pas confondre avec l’humiliation. Nous prenons conscience qu’il existe sur Terre et dans le Cosmos des forces qui nous dépassent. Nous ne pouvons expliquer l’inexplicable. Nous comprenons que nous sommes reliés à tous les règnes de la nature, aux humains, à la Terre, au Cosmos et aussi aux autres mondes parallèles que nous pouvons contacter si le ciel le permet.

La quatrième étape est la rupture avec la normalité d’une société malade. Elle est la rencontre avec notre mort. La conscience aiguë que nous devons mourir et laisser tout ici, est un détachement mais en même temps un attachement à chaque instant de la vie.

En entendant ces paroles, l’homme se leva et prit congé.

- C’est trop long, dit-il, et je ne veux pas mourir."

C.A. : Don Marcelino, comment avez-vous été initié à la médecine amérindienne ?

D.M. : La première voie de l’initiation est la délégation. C’est la voie la plus commune. Le pouvoir de guérir se transmet de père en fils. Il est vrai que tous les êtres humains ont ce pouvoir mais bien souvent le père choisit son fils pour lui transmettre ses secrets. C’est ainsi que je le fus par mon père.

Je me souviens d’un jour, au cours de ma vie d’adulte, où il me fut proposé de parler de la médecine amérindienne lors d’une conférence sur l’ethnomédecine organisée par un médecin. Celui-ci désirait connaître mes références.

- Quel est votre cursus universitaire, Don Marcelino ?

- Je n’ai aucun diplôme et vous ne trouverez aucun diplômé de médecine amérindienne.

Cette question me fit beaucoup rire. Bien évidemment, aucune université, aucun examen des corps défunts n’enseigne cette médecine. Dépité, le médecin occidental décida de ne pas m’inviter à sa conférence.

La seconde voie est la révélation. C’est généralement très étrange, c’est un appel qui vient du monde parallèle. Un être de ce monde propose à la personne de recevoir ses dons. Très souvent, ce pouvoir de réveiller les forces de guérison lui arrive soit après une grave maladie, soit après une N.D.E.

La troisième voie est la consécration. Un médecin amérindien choisit d’initier une personne qui devient alors apprenti. Il enseigne à cette personne le secret de la simplicité. Il lui apprend à manipuler l’énergie et à l’approcher avec beaucoup de respect, à travailler son corps pour réveiller la force de guérison chez ceux qui souffrent. Le médecin devient le guide spirituel de l’initié.

Autrefois, bien avant l’arrivée des Conquistadores, les Incas avaient coutume d’envoyer dans la communauté de Nazca des émissaires pour qu’ils soient initiés. Partout où ils allaient, ces initiés véhiculaient les connaissances ancestrales et œuvraient à leur maintient dans la mémoire collective.

Ces trois formes d’initiation exigent un contact spirituel avec le monde parallèle. Le contact se fait par le Voyage Sacré.

Il faut bien comprendre ceci : on ne demande pas à devenir médecin amérindien, on est choisi. Dans ma tradition, les gourous et les maîtres n’existent pas. Celui qui se prend pour un maître entre dans le pouvoir.

Le médecin amérindien est un homme consacré.

C.A. : Don Marcelino, pouvez-vous nous dire comment se déroule une retraite amérindienne ?

D.M. : La première étape de la retraite c’est une confession. Il s’agit de parcourir de manière rétrospective la vie du patient, en passant en revue les événements importants ou traumatisants qui la jalonnent.

Les missionnaires combattirent fermement cette forme de confession à leur arrivée en Amérique latine, croyant à tort qu’il s’agissait d’une grossière imitation de la confession chrétienne. Cette phase du processus de guérison trouve son origine deux mille ans avant JC et ne ressemble nullement à une confession des péchés. Les Indiens ne croient ni aux péchés, ni au démon. Pour eux, seul existe un esprit lumineux et bon. Quant aux péchés, si péché il y a, ils consisteraient davantage en une transgression des lois de la nature et de la communauté.

Avant d’assister à la confession de mon patient, je m’assure toujours que celui-ci ne se déplace pas pour le folklore, mais avec la ferme intention de changer et d’entamer un processus d’évolution ou de guérison. Changer implique en effet pour le patient de mourir à son personnage pour ressusciter la personne heureuse qu’il est en réalité. Ce rite de passage est douloureux. Il condamne en effet les anciennes croyances et les habitudes. La personne doit assumer son âge et renoncer à être l’enfant, l’adolescent ou l’homme ou la femme mûr(e) qu’elle fut, pour vivre pleinement la nouvelle tranche de vie qui s’offre à elle.

La confession est une phase importante du processus de guérison. C’est à ce moment-là que le médecin amérindien teste la sincérité de son patient. Veut-il vraiment guérir ? S’il est sincère, la thérapie commence. Dans le cas contraire, si le médecin constate que le patient cherche à tirer profit de sa maladie, il renonce à poursuivre la démarche.

Le processus de guérison implique un profond changement, une ouverture spirituelle et sociale le rendant apte à se prendre lui-même en charge.

En pratique, je demande au patient de me fournir une cordelette portant autant de nœuds que de fautes commises par cette personne envers la nature ou la société. Après un moment de recueillement, la cordelette est jetée au feu et l’on n’en parle plus.

Le travail se poursuit par une purification du corps. Ce rituel doit faire prendre conscience au patient que son corps est sacré et qu’il doit l’aimer.

Un massage avec des huiles essentielles, sous la protection d’une personne aimée vivant dans l’autre monde, permet d’éliminer les pollutions psychiques accumulées au cours de l’enfance, de l’adolescence, depuis le mariage, tout au long de la vie. Le corps a peut-être manqué de caresses. Le contact avec la peau sera très doux, allant jusqu’à lui rappeler les gestes d’une mère.

Une fois la purification effectuée, il s’agit de débloquer les énergies en incitant le patient à retrouver son calme. Il lui est alors conseillé de manger et de marcher lentement, de ne pas se disperser.

Pourtant très simple, cette méthode est difficile à appliquer pour des Occidentaux conditionnés dans leur vie de tous les jours par la rapidité et le stress. Guérir leur impose dès lors de se déprogrammer, de renverser les mécanismes habituels de fonctionnement.

Dernière phase de cette étape de confession : apprendre ou réapprendre à prier, quelle que soit sa croyance ou ses repères spirituels. Un athée, peut croire en la vie, en l’énergie, il leur adressera ses prières. L’essentiel est de se relier par la prière aux énergies de la Terre et du Cosmos afin de se régénérer.

C.A. : En quoi consiste une retraite spirituelle, Don Marcelino ?

D.M. : La retraite spirituelle amérindienne dure de deux à quatre jours et se limite à une vingtaine de participants. Elle est guidée par le médecin amérindien qui a travaillé son corps-esprit pour pouvoir transmettre cette énergie vibratoire qui nous vient d’une autre réalité. Cette énergie transmise va réveiller tout doucement l’énergie de chaque participant.

C.A. : Que se passe-t-il réellement lors d’une retraite amérindienne ?

D.M. : C’est un appel qui nous vient d’une autre réalité. Les personnes qui y participent, souhaitent se retrouver face à elles-mêmes et sortir de la prison dans laquelle elles se sont enfermées depuis dix, vingt, trente ans ou plus. J’entends par prison, une vie trépidante, sans repos ni plaisir, un corps stressé qui réagit comme une machine, la toute puissance du masque social et des signes extérieurs, les dépendances de toutes sortes (alcool, tabac, téléphone portable…), l’absence de silence et de solitude. Bien sûr, pour ne pas trop souffrir, la plupart des gens décorent leur prison en effectuant toutes sortes de thérapies, en participant à de nombreux stages. Ils se donnent ainsi l’illusion de faire une recherche de l’Humain, mais en réalité, ils ne changent rien à leur vie.

Or, dans une retraite amérindienne, chacun expérimente son unité avec la nature, le flux de la vie et peut réveiller son innocence perdue. Réveiller son innocence, c’est retrouver la capacité à s’émerveiller, d’entrer en contact avec tout ce qui vit. Les enfants parlent avec les pierres, les animaux, les fleurs. Ils aiment les contes, les histoires enchantées, leur monde ne se limite pas à une réalité concrète, tangible, visible. Puis vient l’âge d’aller à l’école. L’enfant peint, par exemple un arbre bleu ou rouge. Et l’institutrice ou les parents disent à l’enfant : un arbre, ce n’est ni bleu ni rouge. Et l’enfant est contraint à une certaine réalité tronquée, plate, à une rationalité rassurante, à une triste normalité. Désormais, il devra vivre uniquement sur le plan ordinaire, visible, logique et si jamais il s’aventure sur l’autre plan, dans une autre réalité, on le jugera fou, malade ou déséquilibré. On fera alors appel à des psychologues, à des psychanalystes pour le soigner.

Une retraite, selon la tradition amérindienne, permet de s’ouvrir à nouveau à cette réalité invisible mais présente, à ce plan d’amour infini où se trouvent tous les êtres qui veulent nous aider.

La nature est un environnement indispensable. Chaque participant se purifie avec la terre, l’eau, l’air ou le feu, communique avec les esprits de la nature, fait des rituels.

Chacun comprend alors que, dans le temps d’existence qui lui est imparti, il a le droit d’être heureux, qu’il est sur terre pour expérimenter les trois lois cosmiques qui sont la Paix, l’Harmonie et l’Amour.

Chacun ressent que la vie est un souffle très léger, très précieux et que l’on doit la savourer comme si c’était le dernier instant, le dernier regard, la dernière caresse.

La retraite est une invitation au respect de la vie. Du jour où l’on comprend que l’on est mortel, alors on a tout compris de la vie. On ne se berce plus d’illusions, on ne fait plus appel à des compensations. On sait qu’à la mort on laissera sur terre tout ce que l’on a acquis, que l’argent ne nous sera d’aucun secours pour le grand voyage. Alors on apprend à vivre l’essentiel, à être heureux dans ce temps de vie qui nous est accordé. On apprend à faire ce qui est bon pour soi et pour les autres. La retraite enseigne à vivre la simplicité.

Pendant toute la durée du processus de guérison, patient et médecin se verront au moins sept fois.

La guérison consiste en l’harmonie du corps et de l’esprit. C’est le rôle du médecin d’y contribuer, en répartissant tout en douceur les énergies cosmiques qu’il maîtrise, dans le corps de son patient.

Quant à ce dernier, il devra accomplir entre les séances les actes qui lui sont prescrits, pour prouver sa volonté de changer. S’il s’abstient de le faire, le médecin arrêtera son travail sur le champ.

Contrairement à la psychanalyse, cette pratique de la guérison n’exige pas de longues années d’effort. Le corps est plein de sagesse…

Le médecin amérindien ne guérit pas, il réveille les forces d’auto-guérison du patient en lui transmettant les énergies cosmiques qu’il a préalablement modulées.

Pour aller plus loin, lire : Le Voyage Sacré Amérindien, de Don Marcelino Editions L’Originel-Charles Antoni Don Marcelino anime des retraites amérindiennes. Pour connaître les lieux et dates de ces retraites, contacter Editions L’Originel, 25 rue Saulnier, 75009, Paris. Tel. : 01 42 46 75 78.ou www.loriginel.com

Forum

Accueil du site | Contact | Plan du site | Espace privé | Statistiques |

     RSS fr RSSTraditions   ?

Creative Commons License

-->