Entretien avec Marion Laval Jeantet

Quelle place donne t-on à Dieu dans le Bwiti ?

Paroles d’un enfant du Bwiti

vendredi 16 octobre 2009

Entretien avec Marion Laval Jeantet (suite)

Jacques Epangue : Marion Laval Jantet, quelle place donne t- on a Dieu dans le Bwiti ?

ML-J : En fait, on se rend compte que dans tous les mysticismes où a comme ça une ouverture vers l’invisible par la mort, quelque chose qui s’approcherait de la vision des prophètes -dont on dit qu’elle était quelque chose entre le vivant et le mort- tous disent qu’il y a de l’autre côté, une énorme lumière, et cette lumière, les chrétiens vont la voir et l’appeler Dieu, les bwitites vont l’appeler Mwanga, mais en même temps tous donnent quarante noms, mille noms à cette lumière, parce que elle semble omnipotente. Ensuite, on est plus ou moins conscient dans les traditions chrétiennes, qu’il y a toute un hiérarchie d’entités derrière, nous on applle des archanges, des anges, des saints, qui sont là toujours dans la lumière et qui la compose. Donc on pourrait déjà dire que même dans le Dieu catholique, il n y a pas un monothéiste réel, puisque il y a quand même une fore divine qui est accordé à tous ces saints, à tous ces archanges, anges etc. C’est comme si la force de la lumière se diffusait à tous, et on va même jusqu’à dire qu’elle est en toute chose ici bas. Je dirais qu’il n y a absolument rien de contradictoire dans le Bwiti puisque dans le Bwiti on va vous dire qu’il y a une trinité au départ, sauf que les Pygmées vont l’appeler Dieu, la fille et le Saint –Esprit. Pourquoi la fille, parce que c’est celle qui s’incarne, amis finalement ils ont le même principe de la trinité que l’on va retrouver dans l’hindouisme, dans le mysticisme d’une manière générale. La seule chose qui va peut être différencier d’avec une religion dite monothéiste, c’est que l’on accorde une importance d’entité aux âmes des animaux, aux âmes des arbres, et ça c’est peut être différent de la religion chrétienne, mais en même temps vous avez eu des gens comme François d’Assises qui accordait de l’importance aux animaux. Sauf que ces religions du Bwiti qui sont interethniques, accordent plus de res^pect à ces entités plus proches de nous et qui sont celles de la nature. C’est en ce sens que je dis qu’il serait peut être mieux que les religions occidentales s’ouvrent à ce type de tradition, et il serait peut être un tout petit peu temps.

Jacques Epangue : peut-on appartenir à la fois au Bwiti et à une autre religion ?

ML-J : Ecoutez, je ne vois pas ce qui l’en empêche. Quand les blancs sont venus avec leur religion pendant la période coloniale, les Fangs peuple de la forêt mais aussi peuple de la côte à Libreville, ont été les premiers à créer un syncrétisme dans lequel on retrouve Jésus Christ qui prend la place de « Zamba », dans le Bwiti, on va dire qu’il ya le premier homme qui serait un genre de Jésus Christ-Adam. Donc le syncrétisme existe, et dîtes moi qu’est ce qui va se passer avec un chrétien ? il va voir la lumière, il va l’appelr Dieu, c’est évident, _il va voir des entités très fortes, il va leur donner des noms de saints, mais on se rend compte que vous avez un saint traditionnel du nom de « St- Michel » qui est traditionnellement un archange, les bwitistes Fangs vont l’appeler « NGil » et St Michel, ils vont se rendre compte que cette entité est la même que St Michel, puis quand on va revenir au Bwiti Mitsoko, ils vont l’appeler « Mpongo Pwini » et c’est la même entité. C’est la même réalité, c’est l’invisible, on lui dnne des noms différents parce qu’on appartient à des contextes culturels différents. Objectivement c’est quelque chose d’immense, d’insondable et de très complexe. La grande différence entre le Bwiti et une religion chrétienne, c’est surtout que pour être chrétien ilo faut avoir la foi, pour être bwitiste, il suffit de tendre la main, et on rencontre la réalité, en, fait ce n’est pas une religion des croyances, c’est une religion de gens qui ont expérimenté la chose, des revenants. Elle ne va pas en l’encontre de leurs croyances en général.

Jacques Epangue : comment personnellement, faîtes- vous la différence entre l’Iboga et un hallucinogène ?

ML-J : C’est vrai c’est quelque chose dont on parle souvent, le dictionnaire même définit l’Iboga comme un hallucinogène. Un hallucinogène, c’est quelque chose qui donne des pensées qui partent dans tous les sens et sont immaitrisables. Un peu comme les gens quand ils sont sous Lsd. Dans l’Iboga on ne perd jamais la tête. En plus il y a quelque chose qui apparaît certain, c’est que beaucoup de gens ont des communications et des informations qui sont justes, et dont ils n’avaient pas connaissance avant. Par exemple moi, il m’est arrivé une chose très étrange qui a été enregistrée sur un magnétophone au cours de mon initiation. Je me suis à parler des langues vernaculaires que je n’avais jamais apprises. Je me suis mise à parler en Mpiji, je n’avais jamais appris le Mpinji. Quand j’ai parlé de ça à des mais anthropologues, ils m’ont dit « Ouh on doit tous avoir le Mpinji en nous », pourquoi n’aurions nous pas aussi le Mitsoko ou le Pounou en nous ? C’est absurde ! Moi ce que je voyais en ce moment c’est un vieux qui me disait des phrases que je ne comprenais pas et qui me demandait de les répéter au groupe qui m’entourait. Le seul problème c’est que j’étais la seule à voir le vieux, et qu’ensuite le vieux s’est nommé, et quand j’ai demandé plus tard qui c’était, on m’a dit c’est le vieux Marcel qui est mort l’année dernière ! Que dîtes-vous de ça ? Ça veut tout simplement dire que j’aurais été la médiatrice entre le monde d’ici et le monde au-delà. Ça c’est quelque chose que quand ont l’enregistre et donc quand on le constate, ne peut pas faire croire qu’il s’agit d’une hallucination. Pourquoi j’aurais moi rêvé d’un vieux que je n’ai jamais rencontrer et parler et dire des choses en sa langue ? Ce n’est pas possible ! Il fallait bien que l’information vienne d’ailleurs.

Jacques Epangue : à quoi renvoie le principe de voyage astral et la notion d’élévation dans le Bwiti ?

ML-J : Il y a des traditions extrêmement différentes dans le Bwiti. Dans le Bwiti Mitsoko, qui est une tradition très ancienne héritée du monde Pygmée, ici on prend du bois pour éveiller ses sens avant d’aller chasser. Ici on prend juste la dose qu’il faut pour rester éveillé et voir les problèmes de sa vie actuelle. Les Mpinji, puis les Fangs ont poussé beaucoup plus loin, en créant le Dissumba, une tradition qui porte le nom de la femme ancêtre, qui justement a fait l’expérience de mourir par la plante et de revenir. Le principe c’est prendre beaucoup plus de plantes jusqu’en un point qui peut même être extrêmes toxique, vraiment être sur le seuil de la mort, le corps dans le coma, et, une fois dans le coma, faire un voyage astral. C’est le Ganga qui vous envoie hors de votre corps hop ! et qui va par la suite vous ramener. En France certains ont tenté cette expérience là et ne sont jamais revenus.

Jacques Epangue : pour finir, qu’est ce que le Bwiti a véritablement changé chez vous artiste et ethno psychologue ?

ML-J : En tant qu’ethno psy ça n’a pas changé beaucoup, parce que j’appartenais déjà à une tradition chamanique héritée de ma grand-mère, et je dirais, s’il fallait faire une comparaison informatique, avant cette expérience bwitiste, j’étais en « bas débit » et là avec le bwiti j’ai mis le « haut débit » (rires). C’est-à-dire que d’un seul coup ce qui m’arrivait par bribes, des messages un peu confus, las j’ai branché l’ADSL… Vous savez dans l’art on prend souvent une voie qui est un peu difficile, les gens ne comprennent pas ce qu’on fait, on a un peu l’impression d’être un illuminé que les gens ont du mal suivre, on doute des fois. Le Bwiti m’a donné confiance, je sais que je suis sur ma voie, et cela m’a donné la conviction que je suis sur la bonne voie.

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