Magazine Planète Actualités N°6

Le désenchantement du monde

par Charles Antoni

vendredi 22 janvier 2010

Paru dans le Magazine Planète Actualités N°6

Le désenchantement du monde, par Charles Antoni.

Une véritable bataille est engagée, qui, si un changement de paradigme ne parvient pas à inverser le courant actuel, aboutira bien plus tôt que prévu à la disparition de notre pauvre humanité de la surface de la planète terre. Des philosophes comme Nietzsche ou Guénon avaient prophétisé à leur époque, et ce bien avant tout le monde, ces temps de déliquescence généralisée que nous sommes en train de vivre.

Réchauffement climatique produisant un monde surchauffé qui aboutit, à une vitesse vertigineuse, à la fonte des glaces polaires et en conséquence à une montée des mers dont le Tsunami ne fut qu’une mise en garde des plus féroces.

Emballement sans précédent de la pollution : mort des rivières, acidification des océans, et guerre sans merci pour l’eau, qui risque de devenir plus précieuse que le pétrole.

Déforestation de notre planète d’une ampleur dévastatrice : cent quarante mille kilomètres de forêts sont détruits chaque année. Le beau chant des Correspondances de Baudelaire ne sera plus qu’un souvenir lointain :

« La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers.

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent. »

La terre est malade, mais malade des hommes devenus des locataires irrespectueux de leur environnement. Notre mère la terre souffre de tous les abus commis par ses occupants qui ne cessent de la piller, sans vergogne, de toutes ses richesses, pour en tirer profit.

Nous devons savoir que la terre est un organisme vivant, et qui, comme tous les autres organismes, va se battre pour sa survie. Elle finira par se montrer extrêmement irritable en accroissant ses effets de révolte, ouragans, tremblements de terre dévastateurs, afin de se nettoyer de tous les parasites, qui telles des sangsues, ne cessent de la vider de son sang, le pétrole. La Nature n’est pas cruelle, elle fait simplement son devoir : c’est la loi du plus fort.

Devant ce désenchantement du monde, dépourvu de sens, et marqué par l’absence de repères, il ne nous restera plus qu’à lever la tête vers le ciel, là où règnent la paix, la lumière et l’abondance, et par une nuit étoilée, s’émerveiller de tous ces joyaux qui scintillent suspendus dans le firmament : notre véritable patrie. Faisons nôtre cette phrase d’un des plus grands maîtres taoïstes Tchouang Tseu : « Dans le corps d’un homme, il n’est plus un homme. Il vit avec les hommes, mais il est absolument indifférent à leurs approbations et à leurs désapprobations, parce qu’il n’a plus leurs sentiments. Infiniment petit est ce par quoi il est encore un homme ; infiniment grand est ce par quoi il est un avec le ciel. »

Etouffés comme dans un corset, nous sommes sur le point d’exploser. L’humanité devra aller au bout de ce qu’elle a déclenché. Mais pour sortir de cette impasse où nous a conduits la société de consommation à outrance, la marge de manœuvre dont nous disposons est très réduite. Et le temps qui nous est imparti, avant que le point de non-retour ne soit définitivement atteint, demeure infime. Et pour ce faire, nous comptons sur les découvertes de nouvelles technologies pour réparer les dégâts commis par les précédentes. Malgré tout, la catastrophe semble inéluctable.

Le remède à tous ces maux est, sans doute, de cesser de rechercher des solutions qui sont liées au monde de l’avoir, et qui, en fait, nous maintiennent sur un plan horizontal, mais bien plutôt se mettre en quête d’une conscience verticale de l’instant présent. Le seul univers dont il serait légitime de parler est l’univers présent. Le continuum espace-temps n’est en réalité qu’un rêve, une illusion.

La théorie du big-bang, cette explosion qui eut lieu il y a quinze milliards d’années, et qui engendra l’univers, n’est en fait qu’une fable moderne qui arrange tout le monde, les scientifiques comme les religieux. Qu’y eut-il auparavant, un espace sans temps ? Dans l’instant présent il ne peut y avoir ni début ni fin. La véritable question serait : quel est l’acte créateur qui fait qu’il y a un univers maintenant ?

Dans son ouvrage Aveux et Anathèmes, Cioran nous dit : « Connaître, vulgairement, c’est revenir de quelque chose ; connaître, absolument, c’est revenir de tout. L’illumination représente un pas de plus : c’est la certitude que désormais on ne sera plus jamais dupe, c’est un ultime regard sur l’illusion. »

Extrait du livre « Crise et Mutation » éditions L’Originel, 2010.


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