Rafraichissant

Une lecture pour l’été : Vis ta vie

Charles Antoni

samedi 20 août 2016 par Claire Mercier

Alors commence cette promenade du "rêveur" qui va s’avérer "solitaire" à la fin du livre... Qui nous conduit, au passage, par l’idée que tout peut être dépassé, qu’il faut faire le deuil en riant de tout ce qui paraissait "grand" et qu’il y a un intérêt bien compris à passer outre... Sans doute un gain de créativité, par laquelle il est possible de prendre de la hauteur. Dès lors les possibles s’ouvrent, il n’y a de "destin " que celui que l’on se forge... Nous ne sommes appelés qu’à ce que nous déciderons, si nous le voulons, à la différence de l’animal programmé. Il suffit de nous appeler nous-même et de répondre à notre propre appel... Si nous ne savons pas, encore, écouter l’autre, sachons nous écouter nous-mêmes. Voilà un possible identifié.

Mais une fois cette certitude apparemment acquise, nous apprenons que nous sommes une " machine glandulaire ", nous obéissons à ses ordres et nous prenons cela pour une véritable liberté : nous serions plutôt prisonniers du corps, ou du moins de la représentation fautive que nous en avons : celle "des intérêts soumis à la chair". Plus loin Charles Antoni fera, en revanche, un éloge du corps , "lieu sacré" : il devient alors " la nourriture de la conscience ". Est-ce cette interrogation qui traverse et travaille le livre depuis le début qui nous conduit sur la piste de " la tour d’ivoire " comme à une impasse dans un premier temps ? Il est dit, ensuite, que cette tour d’ivoire peut s’ouvrir. Il suffit de trouver les bonnes clefs. Et comment se fait-il que nous soyons arrivés à cette solitude généralisée ? Voilà encore un constat d’échec qui trouvera cependant plus loin sa solution. En effet il faudra être seul mais d’une autre manière... Le livre se terminera ainsi. Préparons-nous...

En attendant, on passera par quelques questions utiles... certes déjà connues, mais qui ouvrent d’autres possibles donc quelques portes de sortie... L’objectif n’était-il pas posé dès le commencement ? Il y a une solution, "on peut échapper à cet enfer", ne l’oublions pas. On aura soin, d’ailleurs, de " ne pas oublier " de ne pas se laisser prendre aux jeux de pouvoir. Alors se tenir debout hors de ce jeu de perdition sera préférable. "Devenir un réalisateur plutôt qu’un consommateur." Nous sommes donc à l’heure des choix et ce petit "discours de la méthode" applicable au 21e siècle s’offre de nouveau le luxe de la " table rase ", notamment en politique.Il faut alors " ouvrir ses propres yeux, pas forcément ceux des autres...", il vous en coûterait. L’Eveil est d’ailleurs une affaire personnelle, celle d’une quête intérieure. Chacun, si cela lui convient, puisque rien dans ce livre n’est péremptoire, peut trouver une voie d’accès à son propre cheminement. Celui qu’il construira.

Pour revenir à soi, écrivons ! nous est-il indirectement conseillé, mais le passage à l’écriture tient lieu de rite initiatique. Un passage qui fait dire à l’auteur, et pour son propre compte : "J’ai enfin trouvé ce que je cherchais" et devant nous se dit cette révélation de soi à soi. "Voilà pourquoi j’ai multiplié les chemins... pour acquérir cet éventail de richesses en vue de l’écriture." Construction existentielle riche, en effet, de l’homme qui dans ses voyages de quêteur tente de tirer quelques enseignements, ne serait-ce que pour lui-même...

En devenir (deleuzien en actes !) voilà ce penseur de l’ "intensification " de la vie sous toutes ses formes qui nous dit que tout cela n’est possible que sous l’"Intangible " puisque c’est son repère : il nous faut regarder le monde finissant, monde du devenir dans lequel l’Art se vide de sa substance".

Est-ce la fin de tout ? Peut-être pas. Et le " rêve" est encore possible. "Univers fractals ". "Révélation " à venir ? A voir... Ce sont encore des propositions : là encore, rien de péremptoire. Mais surtout, savoir rêver. Simples hypothèses, mais des ouvertures toujours possibles... Seule la "foi" en soi compte, être attentif à soi, seul gage de la réussite. Ainsi continue cette promenade au rythme des "fleuves impassibles" pendant laquelle les mots se disent en douceur et pourtant s’inscrivent dans l’esprit comme des "armes" redoutables : de cette lecture on ne sort pas indemne en réponse au constat de malheur... Nous comprenons alors le message de " Vis ta vie ".

Paule Orsoni

Voir en ligne Vis ta vie


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