ISLAM

L’enseignement d’un maître Soufi

Irina Tweedie L’Abîme de Feu

mardi 4 octobre 2005 par Claire Mercier

Une expérience dans laquelle l’observateur et le champ d’expérience ne font qu’un.
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L’Abîme de feu

Née en Russie en 1907, Irina fut élevée à Vienne et à Paris, puis elle s’établit en Angleterre. Troublée par le décès prématuré de son mari en 1954, elle cherche à donner un sens à sa vie. Sa quête l’amène en Inde où, en octobre 1961 à Kanpur, dans la plaine du Gange, elle rencontre un maître soufi dont elle devient immédiatement disciple. Ce maître lui demande de tenir un journal de ses observations. C’est de ce journal que fut tiré ce livre dix ans plus tard. Cette rencontre fut un bouleversement. Alors commence une longue aventure : elle restera un an et demi auprès de son gourou, dont, selon la tradition, on tait le nom. Elle revient trois ans plus tard. Après le décès de son maître en juillet 1965, elle va s’installer dans une retraite de l’Himalaya.

Le maître réclame obéissance et soumission, et plus encore l’Amour absolu du disciple. Irina doute d’abord : "Comment peut-on commander l’Amour ?" Mais cela se produit. Sous la conduite quotidienne du gourou, sa personnalité se transforme, son Ego est attaqué de toute part. Son corps et son esprit sont constamment mis à l’épreuve. Elle subit les angoisses et les doutes, les revirements d’humeur et les remontrances de son maître, les aléas du climat indien. Pour casser son orgueil, celui-ci utilise tour à tour tous les moyens : l’indifférence, la compassion et la fermeté. "C’est une lente dissolution de la personnalité, processus douloureux car l’homme ne peut pas se refaire sans souffrir. Il s’agit d’une mise à nu de ses propres souffrances, d’une rencontre avec ses propres démons, d’un face à face avec ses conflits intérieurs pour arriver à s’accepter tel que l’on est et non tel que l’on pense être."

Et petit à petit, après les nuits blanches, les pleurs, les douleurs du corps, le désir brûlant, elle apprend la soumission du corps et de l’intellect à la force de l’esprit. Elle découvre la paix du coeur, le réveil des chakras, centres d’énergie psychique associés à des emplacements le long de la colonne vertébrale. "Ce qui fit avant tout le maître, c’est de me forcer à être confrontée à l’obscurité à l’intérieur de moi-même. "Processus douloureux qui passe par une mort à soi-même, par une destruction de nos "échelles de valeurs", et par l’extinction de l’Ego-Ursupateur car "le chemin d’amour est comme un pont de chevelure au-dessus d’un abîme de feu". Mort volontaire, appelée "fana" par les soufis, jusqu’à ce qu’il ne reste plus que cendres, afin que ces cendres renaissent une vie nouvelle et une liberté absolue.

Ce récit met en relief la profondeur de l’engagement spirituel et la force de l’expérience mystique. C’est une expérience d’émancipation dans laquelle l’observateur et le champ d’expérience ne font qu’un. C’est par la rencontre du maître et l’acceptation totale de sa voie que débute l’expérience qui mènera au bout du chemin. Démarche qui réclame de la part du disciple un engagement sans réserve, sans retour possible, qui l’oblige à rentrer dans l’arène et à s’élancer au combat. Que signifie "engagement" ? C’est une promesse faite à soi-même, qui ne doit pas être rompue.

Le lecteur trouvera peut-être ce récit quelque peu répétitif par moments. Mais c’est l’histoire d’un apprentissage, et l’apprentissage est une continuelle répétition. L’élève doit reprendre sa leçon encore et encore, pour être capable de la donner à son tour. Le maître doit répéter la leçon, la présenter sous différents angles pour que l’élève comprenne et se souvienne. Chaque situation est revécue à plusieurs reprises, déclenchant à une réaction psychologique légèrement différente qui mène à l’expérience suivante, et ainsi de suite.

Les soufis sont une branche mystique de l’islam, qui s’en différencie par de nombreux points de doctrine et de pratique. Ils sont originaires de la Perse en des temps très reculés, et ont adopté la référence au Prophète lors de la conquête musulmane. Ils ont de tous temps vécus en hommes ordinaires. Sobres et discrets, ils exercent des métiers de la vie courante et s’habillent comme tout un chacun. Leurs réunions peuvent avoir lieu dans une arrière boutique. Ils vivent dans le tumulte de la vie, sans en subir l’influence. Ils sont dans le monde, mais non pas du monde.

Présenté par Charles Antoni, animateur des éditions L’Originel.

Pour se procurer l’ouvrage : L’Abîme de feu, de Irina Tweedie, Ed. L’Originel-Antoni, 25 rue Saulnier, 75009 PARIS, Tél. 01 42 46 75 78 loriginel.com

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