Mazzérisme et Chamanisme

Les "maîtres du désordre" s’emparent du musée du quai Branly

Les livres de L’Originel invités à la librairie du Quai Branly

vendredi 13 avril 2012 par Claire Mercier

Le fétiche protecteur féminin a été recréé dans le musée même avec des herbes, des morceaux d’animaux, des tissus, une calebasse, et de l’huile de palme, explique ce Togolais de 52 ans. Il a fait des prières mardi pour activer cette "Femme de jour", qui "fait le bien mais se fâche vite si on ne respecte pas ses recommandations". Un petit fétiche masculin a été placé à son côté "pour la calmer". L’exposition, qui se tient jusqu’au 29 juillet, présente plus de 300 objets ethnologiques, auxquels font écho les oeuvres d’une vingtaine d’artistes contemporains comme Jean-Michel Basquiat, Annette Messager, Paul McCarthy, Ben.... "L’idée n’est pas de dire que ces artistes occidentaux sont eux aussi des chamanes mais que ce sont des +hommes limites+ car ils sont travaillés par des forces qui peuvent les dépasser", indique l’anthropologue Bertrand Hell, conseiller scientifique de l’exposition. La scénographie de l’agence Jakob+MacFarlane est particulièrement réussie. Comme un long serpent, une structure d’acier recouverte de plâtre tenu par de la filasse embarque le visiteur dans un parcours mouvementé. Il affronte d’abord le désordre du monde puis rencontre les intercesseurs (chamanes, prêtres vaudous...) qui tentent d’y remédier avant de déboucher sur les débordements collectifs que sont les bacchanales, les fêtes des fous, les fêtes de l’hiver. "Le visiteur est ingéré, transporté puis expulsé à la fin", explique Brendan MacFarlane. "Le but est qu’il ressorte avec un nouveau regard, enrichi de toutes ces choses vues", ajoute-t-il. Cette exposition totalement atypique a pour grand ordonnateur Jean de Loisy, commissaire d’expositions remarquées (comme "Monumenta" d’Anish Kapoor au Grand Palais en 2011) et président du Palais de Tokyo, qui rouvre jeudi. L’exposition tire son origine d’un livre de Bertrand Hell, "Les maîtres du désordre" autour du chamanisme et du culte de la possession, paru en 1999. "La Création est imparfaite. L’ordre du monde est un équilibre précaire entre forces complémentaires. Confronté aux déséquilibres - maladies, morts violentes, catastrophes - l’homme essaie de bricoler des rituels pour rétablir ces grandes forces cosmiques", explique le chercheur. Les chamanes aptes à voyager dans le monde des esprits et à se métamorphoser en animal, les initiés des cultes de possession comme le vaudou interviennent comme intercesseurs pour réguler ce désordre. L’exorcisme permet notamment le retour à la normalité. Ne pas manquer l’effrayant masque d’exorcisme Matara (Sri Lanka) du XIXè siècle) destiné à protéger les femmes enceintes. Et sa version contemporaine. Dans une vidéo de 1975, la chorégraphe Anna Halprin danse sa maladie et "l’expulse" par des cris déchirants. Depuis lors, guérie, elle compose des chorégraphies où elle cherche à mobiliser le pouvoir d’exorcisme des corps. Des substances psychoactives peuvent aider les chamanes à communiquer avec les esprits. Le "Jardin d’addiction" (2010-2011), une grande sculpture de verre des artistes Christophe Berdaguer et Marie Péjus, y fait écho, avec son entrelacs de fioles remplies de cocaïne, opium et herbes... "L’art est désordre", conclut une oeuvre de l’artiste Ben.

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