La vie des Blogs

La transmission de la Chose par Stephen Jourdain

Eveil impersonnel et approches non-duelles

jeudi 27 février 2014 par Claire Mercier

Une synthèse atypique

L'expérience de l'illuminationStephen Jourdain refuse d’apposer le terme « religieux » qu’il trouve inadéquat à son expérience et « même contraire à sa nature ». Le mot « Dieu » désigné comme un objet extérieur, se situe quant à lui dans la direction opposée de la « chose » dont il parle. D’autre part, l’assimilation faite à quelque chose d’impersonnel et d’anonyme désigné parfois par un « Ça suspect, porteur de toutes les philosophies orgueilleuses et méprisantes de l’Impersonnel16 », est aussi catégoriquement réfuté car elle le différencie de l’expérience distanciée, qu’est l’expérience de l’éveil en Orient. Quant à l’appellation d’ « expérience spirituelle » qu’il accepte avec réserve, il admet qu’en tant qu’« expérience de l’esprit », concernant la « personne intérieure », on peut lui attribuer « l’étiquette « spiritualisme17 ». Pour Stephen Jourdain, il n’y a pas un Dieu existant à l’extérieur de soi, qu’il faudrait retrouver et dans lequel on pourrait se fondre.18 Pour lui, Dieu c’est Moi, la « personne humaine ». Et pour bien souligner le caractère très concret du terme Moi, il ne le noie pas dans une généralisation qui en pervertirait l’essence même, en le faisant précéder de l’article défini, où « Le moi » deviendrait une abstraction impersonnelle, l’antinomie de ce que représente notre âme. Pendant trente ans, il s’est interdit d’utiliser le terme Dieu. La première fois qu’il s’est autorisé à l’employer, c’est vers 1985, dans un texte intitulé : Tom ou l’empereur du monde des mystères et non ultérieurement dans Première Personne comme il le mentionne dans son entretien retranscrit dans La parole décapante (p.30). Il ne le présente pas comme on le fait généralement en tant qu‘objet de vénération. Il devient sujet personnel. Sa philosophie n’a pas de connotations moralisatrices : « je rechigne toujours à mêler l’idée morale à mes propos ». Il ne juge pas les gens sur le statut qu’ils arborent dans leur vie civile, sur leur réussite professionnelle ou autre, ni sur les actes plus ou moins délictueux qu’ils peuvent commettre car « « L’éveil » se fiche éperdument de la forme de nos actions (…) de leur valeur morale ». Il considère tout le monde sur un pied d’égalité. La quête de l’illumination ne requiert pas d’autre part, que le postulant fasse preuve des qualités de bon « chrétien au sens habituel du terme : gentil.(…). Un croyant n’est pas gentil. (…), il n’est pas bien pensant ».24 L’illumination n’est pas soumise à une conduite morale pas plus qu’à n’importe quelle autre loi, le terme moral étant utilisé ici dans le sens d’une « morale moralisante ». Dans ce sens, les aspirations et les conduites d’ordre terrestre ne peuvent en rien s’appliquer aux destinées de l’âme. L’éveil ne peut pas être recherché dans le but d’améliorer les conditions de vie de l’être humain ou de répondre à ses attentes car il n’est « pas pour être plus heureux, pas pour cesser de souffrir (…) Non, en aucun cas pour ». Cet opportunisme aurait l’effet contraire de le perdre à jamais. L’éveil est un acte gratuit, désintéressé qui n’a d’autre moteur que lui-même ; cependant, il est soumis à une certaine éthique, « un impératif moral absolu : faire l’ascension de notre intériorité (…) nommée esprit, jusqu’à atteindre notre essence ».26 Cette morale lui est propre et correspond à une certaine rectitude dans la façon de préparer son propre avènement.

Par certains aspects, il est proche de la pensée que reflète certains textes Zen, dont Satori correspond à la description qu’il donne de l’état d’un esprit éveillé : « l’absence de pensée »28 et dans lesquels il reconnaît la description de sa propre expérience dans : « l’aspect destructeur du zen ». Cependant, il reproche au bouddhisme zen l’absence de la prise en compte du versant humain dans l’histoire de l’illumination, qu’il retrouve par contre développé dans le dogme chrétien. Il fait donc une synthèse entre ces deux courants de pensée et ne s’offusque pas de manier à la fois des concepts religieux si différents.

Source : Eveil impersonnel


Accueil du site | Contact | Plan du site | Espace privé | Statistiques |

     RSS fr RSSPhilosophies et Religions   ?

Creative Commons License

-->