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Le Chant du singulier de Stephen Jourdain

par Raymond Oillet

jeudi 14 août 2014 par Claire Mercier

Je viens de lire Le chant du singulier, recueil de conférences données par Stephen Jourdain au Col de Porte en 1998, cette fois encore publiées par les bons soins de Charles Antoni (L’Originel). Un relief nouveau et inattendu à cette unique vérité que Stephen Jourdain n’a cessé d’exprimer.

Le chant du singulier

Je viens de lire Le chant du singulier , recueil de conférences données par Stephen Jourdain au Col de Porte en 1998, cette fois encore publiées par les bons soins de Charles Antoni (L’Originel).
Il faut le dire d’emblée et sans ambages : qui chercherait dans ces pages une révélation plus singulière précisément que celle qu’on trouve dans des pages précédemment publiées, serait déçu : ni explication, ni éclaircissement supplémentaires, ni révélation propre à ajouter quelque ampleur à un enseignement déjà largement diffusé et dont les clefs nous sont connues. Mais c’est aussi une utile répétition, avec d’autres mots, d’autres accents, autant de nuances inédites qui toucheront certains, restés jusqu’à présent prisonniers de leur incompréhension. D’autres mots, d’autres développements - chaque jour, dans l’improvisation, appelant, suscitant de nouvelles inspirations - capables de donner un relief nouveau et inattendu à cette unique vérité que Stephen Jourdain n’a cessé d’exprimer par tous les moyens qui lui étaient offerts. Ici, celui de l’entretien direct, ou indirect dans d’autres écrits personnels, mais l’un et l’autre procédé efficaces. C’est une langue sans surcharge philosophique ou scientifique d’aucune sorte : Stephen Jourdain se vantait d’en ’savoir peu’ et de ne se fier à aucun système, aucune tradition, puisant tout dans le ’cristal de l’intuition’, et tout d’après ce que la vie même lui avait permis de vérifier, de confirmer. Répétant : "c’est descriptif..." Avec quelques citations choisies je rappellerai les grands thèmes de cet enseignement tiré d’une expérience à nulle autre comparable mais dont on peut très bien identifier l’essence philosophique et la profonde inspiration gnoséologique. On sait déjà que cette ’singularité’ jordanienne se définit comme un ’éveil’, concept emprunté à la culture orientale et qui lui avait été confié par Roger Godel, qui veut dire plus simplement réalisation, autrement dit, stricto sensu, accès à un réel non pollué de quelque croyance ajoutée, d’une interprétation, retour à une innocence perdue de l’enfance, et au-delà, à une authenticité de connaissance en ’donnée immédiate’ de conscience, à la fois impressionnelle et ’du matin’ comme l’appelait Maître Eckhart. Dans le cas de Stephen Jourdain, loin d’être l’apologie d’une naïveté, il s’agit d’un ’éveil abrupt’ (pour rester en terminologie ’orientale’) et il en a abondamment témoigné... C’est d’après lui l’initial d’une création autorisée d’un Fiat originel inconcevable, s’amplifiant par le récit de soi-même engagé aux destinées d’un monde, précédant toute constitution d’un savoir définitif et dominateur, religieux ou scientifique, et dans tous les cas aliénant. Stephen Jourdain a passé les vingt dernières années de sa vie à s’en expliquer. Le plus dur consiste aujourd’hui à y ajouter de nouvelles explications, des gloses, d’autant plus délicates que cette révélation atypique s’apparente évidemment à des révélations restées jusqu’alors propres aux enseignements orientaux et aux gnoses pré-chrétiennes : une complication alors, et peut-être inutile... Aujourd’hui, comme je l’ai écrit à plusieurs reprises, je vois une proximité très éclairante (pour l’un comme pour l’autre) avec l’enseignement de Michel Henry. J’ai cité en son temps la Revue Internationale Michel Henry (n°3 - 2012) qui s’attachait à révéler un certain nombre de notes préparatoires à L’essence de la manifestation, particulièrement sur le thème de la subjectivité. Je rappelle ici ce que j’y avais trouvé : "L’Ego n’est pas étant..." (p.99) "L’Ego est l’historial de l’Absolu..." (p.101 "Le rapport Ego-absolu (individu-Dieu) n’est que le renversement - la même thèse pensée par l’autre bout - de l’enracinement de l’ipséité de l’ego dans la structure ontologique de la vérité absolue. Dans quelle mesure l’Ego est-il nécessaire à l’absolu (cf Eckhart - ’si je n’étais pas, Dieu ne serait pas...’)" (p.102) "L’Ego n’est pas un étant, mais être : il est l’être, et cela en un sens si radical qu’il nous est à peine permis de le penser..." (p. 106) "L’être ne peut être que comme Ego, et non comme Ego en général mais comme cet Ego..." (p.107) Ce sont des notes ; je pourrais les multiplier. C’est un discours à destination universitaire, un discours savant, émaillé de références savantes, mais qu’on peut résumer : sans Ego, Moi, rien, aucune ’constitution’ (et ici ce mot prend toute sa force) ; ni individuation ni création : rien ! Et à moins de vouloir énoncer la vérité, la réalité, l’absolu autant dire, comme ’rien’, on s’aperçoit que c’est cet Ego-Moi vivant, incarné, qui est l’agent de la révélation, de la manifestation, sans qui rien ne serait ou bien ne serait qu’abstraction, image désincarnée. Michel Henry y voyait la marque propre du Christianisme, contre la pensée grecque, contre les philosophies modernes, en tant cas le post-hégélianisme. Stephen Jourdain, lui, et tout en développant d’autres intuitions, insisté toute sa vie sur le caractère éminemment personnel (et la responsabilité qui s’y engage) de la Création initiée, autorisée d’Un Seul ! C’était pour lui la simple évidence que d’obscures considérations idéologiques peuvent seules obscurcir. C’est pourquoi Stephen Jourdain y insistait, tout en se moquant... Ego comme lieu de révélation, comme miroir, nous y voilà, soit déformant, soit fidèle. En tous cas, Ego outrepassant toute limite de définition (logique), débordant les traits de son envisagement mondain. La Connaissance va donc porter sur ces deux thèmes-là : que l’Absolu prend figure de Moi et que Moi suis responsable de mon image, de toute image ; de l’authenticité du récit, de l’histoire qui va se dérouler par Moi. Mais restons au plus près de Jourdain, de son livre, en voyant comment il amplifie son propos : "Aborder l’Eveil ou la Réalisation suprême comme quelque chose, c’est une erreur très grave. Il s’agit de s’enfoncer dans l’être - nous sommes dans l’être, mais on est comme à la surface - il s’agit de s’enfoncer dedans, d’être plus. Il faut savoir comment s’enfoncer : C’EST ÊTRE CONSCIENT D’ÊTRE, c’est ça le levier. Si je veux être plus, il faut que je sois plus conscient d’être, c’est la même chose. Être et être conscient d’être, c’est une même chose... Parce que ce n’est pas un objet, ce n’est pas un objet, ce n’est pas un objet parmi les objets, c’est un non-objet, une non-chose. Moi, c’est Dieu, (je veux bien ce vocable), au moins la grandeur qui est présente dans cette chose, mais ’si Dieu est un objet et si cette Chose est Dieu’, cet objet est immédiatement désavoué comme une imposture, comme un non-objet, c’est un sujet pur, c’est moi... C’est moi MAINTENANT, à l’intérieur, nous n’existons que maintenant-tout-de-suite, c’est ça le secret." (p. 10 et 11) C’est tout Jourdain, et dès les dix premières pages du livre ! Difficile à comprendre ? Sûrement pas - qu’on relise et relise encore ; pas un mot étranger au vocabulaire connu de tous ! Difficile à croire, à accepter, ne serait-ce que comme postulat philosophique, voilà ce qui est difficile, et plus encore, difficile à réaliser soi-même ! Moi comme non-objet, comme Dieu Lui-même spécifié exclusivement comme non-objet ; moi installé dans l’être, et par la conscience rendue plus aiguë de soi-même : facile à comprendre, difficile à croire, à expérimenter, à réaliser. Parce que nous avons d’autres croyances, d’autres convictions qui portent précisément sur la réalité des objets qui s’opposent à nous, à distance de nous, installés dans une réalité étrangère, opaque, qui nous fait peur. Elle semble même déterminer notre propre réalité, lui donner mesure comme à tout objet ; tout un raisonnement cette fois qui prétend se tirer de l’expérience ... C’est toute l’affaire, et tout le propos qui suit, pas à pas, pour ruiner les croyances communes et nous introduire dans cet être-conscience où nous habitons si naturellement depuis toujours. Car si la primauté est ici formellement reconnue comme celle de l’Esprit pur, "précédent absolu de toutes choses », c’est ’moi’ qui reste au centre de l’opération à laquelle il faut bien donner le nom de création, ’moi’ comme l’acteur incontestable, le cœur d’une réalité d’identité immédiatement accessible et d’autant plus qu’elle est strictement personnelle. C’est à souligner. "Ce moi ultime, c’est moi, ce n’est pas un autre, c’est moi personnellement. Moi, impersonnel, (le qualificatif ’universel’ serait plus acceptable), ’impersonnel’, c’est une aberration, ça ne veut rien dire, si on retire au mot ’moi’, sa signification personnelle (et qu’est-ce qui est plus personnel que moi ?) on l’a tué, on a tué le sens. Moi impersonnel, c’est un contre-sens. Cette chose, c’est moi ; tant que ça prétend être un objet, (un non-moi, un autre), c’est un néant." (p. 12) En admettant que ce ’moi’ est au centre de tout ce qui (nous) arrive, qu’on l’appelle manifestation ou création, en retenant au moins ce postulat philosophique, il apparaît vite un autre aspect tout aussi important de ma condition ’spirituelle’ : que je suis l’auteur, personnellement, des ’images’ qui se présentent à moi comme figures de réalité. "Ce n’est pas une image que mes yeux voient, (pour autant que mes yeux aient jamais vu quoi que ce soit !), ce n’est pas une image visuelle mais c’est une image mentale, de type visuel, extériorisée, et qui va passer indéfiniment à nos yeux pour la réalité. C’est une mentalisation, que nous avons extériorisée et que nous avons décidé de façon très coupable (...) de ne pas reconnaître comme telle (...)" Le schéma qu’on retrouve dans tous les écrits et conférences de Stephen Jourdain se décrit ainsi : "moi - rupture - non-moi ; moi - un précipice - tout le reste..." Ce qu’il faut bien appeler ’adversité’ et que nous ressentons comme telle : une réalité autonome, opposable à nous-mêmes, le plus souvent douloureusement, est le produit d’une mésinterprétation, d’une méprise toute pareille à un rêve dont nous devons nous éveiller. Et dans ce cas l’erreur à éviter de commettre sera de déréaliser entièrement le monde, de se persuader qu’il n’est qu’un rêve, de poursuivre un raisonnement en sens inverse et tout aussi pernicieux. "Tout ce qui est intérieur n’est pas nécessairement ’subjectif et mental’, c’est ça la chose subtile." (p. 25) Une véritable éthique de nature philosophique s’impose alors : discerner la part de subjectivité à l’origine de nos mentalisations et de nos raisonnements les plus puissamment trompeurs, et le champ propre de l’intériorité où s’origine la création d’un univers légitimement personnel. De plus en plus subtil... Une autre précision spécifiquement jordanienne s’impose alors. "Si on considère l’âme d’un homme, elle est insécable, et ceci est l’unité de deux principes : il y a le principe Dieu et il y a le principe Personne... et lorsque nous oeuvrons à partir du tréfonds de nous-mêmes, la question qui se pose, c’est : est-ce que j’œuvre à partir de la part divine de mon essence ? Ou est-ce que j’œuvre à partir de la part créaturielle, personnelle, de mon essence ?" (p. 29) Nous découvrons alors que le Principe Dieu est générateur du réel et que le principe Personne est générateur d’irréel, irréel que nous prenons pour la réalité dans le schéma dichotomique de nos représentations. Il s’agit bien, toujours, d’une opération mentale, mais l’une produit le réel : l’arbre réel que je perçois, et l’autre, ma représentation de l’arbre, ma conception personnelle entachée de toutes sortes de préjugés et à laquelle j’ai indexé tous mes critères de réalité. Le subtil n’est pas de discerner entre ce qui est mental ou ne l’est pas - tout est mental ! - mais entre ce qui est réel et ne l’est pas, cet irréel ne tirant sa force que du pouvoir d’affirmation, de systématisation que j’ai usurpé. En lui-même pourtant, un pur néant ! Reconnue, éprouvée comme totalement dépourvue de réalité, ma création personnelle est néanmoins légitime : c’est ma liberté de prolonger la création divine dans un univers personnel qui s’entend comme un conte, qui brille comme l’image conçue par un artiste - sans usurpation de réalité ! "Il n’y a rien à sacrifier, IL Y A À ÊTRE CONSCIENT..." (p. 33) Et à l’acte de conscience Stephen Jourdain ajoute en renfort l’acte d’attention. On s’aperçoit ainsi que moi-même s’apparaît à soi-même comme une image, "c’est une image-mon-esprit, et ce n’est qu’une image, et ça doit être vu comme tel. Si l’image avoue son irréalité première, on n’a pas besoin de la trucider, nous sommes devant la génération créaturielle, c’est légitime et sacré." (p. 36) C’est ainsi que nous parvenons à un point extrêmement avancé de l’explication, précise, indispensable, décisive : parce que tout est esprit, esprit pur, il n’est aucune matérialité, aucune extériorité qui ne soit une ’vue de l’esprit’ et que la perversion elle-même, l’épreuve centrale de nous-mêmes exposés aux périls de l’existence et de toutes ses évidences sensibles, est une épreuve spirituelle. Il n’y a pas de ’choses’ occupant un espace extérieur au nôtre, il y a un déchiffrement d’idées pures qui prennent figure dans le procès de la création, premièrement autorisé par ’Dieu’, secondairement habillé par nous-mêmes, par nos facultés personnelles. "... c’est là où c’est très subtil, c’est que l’image centrale de mon esprit (l’image-moi, l’image-je), quand elle est correctement abordée, intuitivement par nous, cette image n’est pas une image, c’est une symbolisation, c’est une écriture et en fait, nous lisons. (...) C’est un mode d’être par médiation symbolique, extrêmement efficace (c’est pour ça que jeter l’anathème une fois pour toutes sur toute imagerie intérieure, ce serait de la folie), il faut jeter l’anathème sur la manière dont nous l’abordons ; en la prenant pour argent comptant, en ne retenant que l’image brute, en ayant oublié que nous étions en position de lecture, et pas en position de perception." (p. 37/38) Cette lecture comprise, et réalisée, et éprouvée comme telle, consiste en une universalisation de la conscience personnelle, et si bien, que l’infini s’accorde au singulier et que cette différence perçue par la conscience malheureuse comme une rupture se ressent désormais comme un lien. "Le singulier est la porte de l’universel, l’universel est la porte du singulier, le singulier est la porte du pluriel, le pluriel est la porte du singulier." (p. 49) Le sujet pur, autrement dit le binôme Père/Fils, est au centre de la création, un univers vivant où se conjuguent mouvement et repos sans qu’aucun des termes ne s’impose pour l’hégémonie purement logique du témoin-acteur de l’ensemble du procès. Chez Jourdain, fait unique dans toute l’histoire de la ’pensée’, s’associent un essentialisme et un existentialisme parce que l’unité et la différence d’un même Un sont à la fois proclamées et éprouvées par le sujet unique que je suis, singulier et universel à la fois. L’une après l’autre, Jourdain énonce ces discriminations qui désaliènent le sujet pur en libérant tour à tour le lien de conscience, le lien de parole, le lien d’amour qui sont les nerfs vivants de l’existenciation en première personne, ‘matinale’. "Ce n’est pas la dualité qui est en cause, c’est la relation d’extériorité... Ce qui est hallucinatoire, ce n’est pas moi et l’autre, c’est le gouffre que j’ai posé entre moi et l’autre, c’est ce précipice dont je me suis entouré et qui me sépare à jamais de toutes choses." (p. 127) Il y a une proposition que je tiens pour une des plus fortes de Stephen Jourdain. Je l’ai souvent relevée dans ses écrits et conférences, et, curieusement, on la trouve le plus souvent exprimée avec une certaine maladresse tant elle s’oppose au sens commun, à la commune certitude d’une expérience prétendument incontestable. "Quand on parle de matière on parle par essence d’une réalité qui existe en soi hors de l’esprit ; (...) L’impression matérielle existe mais toute la réalité de la matière est dans le sein de mon impression de matière. (...) La matière en soi, c’est une vue de l’esprit, c’est rien, c’est un néant profond ; en tant que savoir, bon, ça a le droit de s’inscrire dans l’intelligence, mais ça n’a pas le droit d’interférer avec le plan du vécu." (p. 129) On devine sans peine les réactions d’interlocuteurs touchant à cette ’torpille’ - le nom d’un animal ’électrocutant’ que Socrate prétendait faire toucher à ses auditeurs - et c’est seulement trente pages plus loin que cette vérité se trouve à nouveau assénée, vérité d’intuition contre vérité de raison, l’une engendrée d’esprit pur, l’autre secrétée d’expériences toutes trafiquées par la pensée visant ’empire’ et ’possession’ du monde : "La pensée n’est pas perverse en elle-même, mais ce n’est pas une autorité. La seule autorité que nous devons reconnaître en nous, c’est l’évidence intérieure, c’est l’évidence intuitive, il n’y en a pas d’autre d’ailleurs, c’est la seule évidence, c’est le seul sol où nous devons prendre appui. Nous ne pouvons pas nous permettre de faire fond sur les conclusions de notre raison, même quand ces conditions sont honorables parce qu’elles proviennent d’un usage sain et conscient de l’intelligence." (p. 159) Les esprits les plus fins, les mieux exercés aux pratiques de la philosophie vont être décontenancés, et c’est normal. Le paradoxe est insupportable, et à moins de s’être aguerri à la pratique de l’aporie qui est toujours pour moi le meilleur de la philosophie, on ne peut tenir les deux bouts de cette contradiction. Qu’il faut user de discrimination, de l’art subtil de la discrimination au microscope de l’intelligence la plus aiguë ; et qu’il faut dénier toute autorité à la pensée et à ses conclusions, qu’il faut même les balayer, les dissiper aux quatre vents de leur propre anéantissement ! C’est que le sujet pur est libre, et libre de pensée, (se) jouant de sa propre imagination en déjouant les pièges de son intelligence, le piège mortel étant la création d’une entité existant par soi et pour soi, légiférant selon son exclusive autorité et ses valeurs. Le secret ? "... le sujet pensant est pensé... La pensée, si colossal soit le phénomène, brûle ses ailes, c’est fini. Par la suite on pensera mais uniquement pour s’amuser, on ne prendra pas ça au sérieux..." (p. 187) Mais c’est peu dire que "c’est fini" - la comédie - quand tout commence enfin, la vraie vie, jadis appelée Règne, Royaume : "Il y a un premier choc, c’est la rencontre avec soi, c’est un choc inouï et la valeur infinie est là. Mais il y a un deuxième choc, c’est la rencontre avec cette musique sublime, qui est en fait l’unité de l’infinité de nos perceptions, qui est une même chose, qui est l’âme du paysage terrestre. La rencontre avec ce qualitatif, ce poème ou cette musique, c’est un choc inouï." (p. 195) Catharsis ou simple correction, l’éveil ? "Rien. Ça a été la confirmation éblouissante de l’omniprésence de ce principe, tellement simple et tellement inexplicable : moi et ma vie, moi et la splendeur de moi, moi et la valeur infinie qui est en moi, et ma vie, et la splendeur infinie, le miroitement merveilleux de ce grand fleuve ambré, que j’appelle, qui est vraiment ce qu’on devrait appeler notre vie, l’aventure terrestre... il n’y a que ça." (p. 213) Il y a en philosophie des gens qui prétendent aujourd’hui faire de la ’déconstruction’ : Stephen Jourdain, lui, faisait de la ’casse’ puisqu’il anéantit ses propres vérités comme autant de spéculations, de ’vapeurs mentales’. Au ‘jeu’ de la lumière et des images, il m’appartient, à ‘moi’, d’opérer la métanoïa de tout le réel manifesté : si les images cachent habituellement la lumière, et la mienne principalement, que chaque image soit enfin cachée par sa propre lumière, son unique éclat ! À nous de le vérifier, de tout vérifier, d’opérer cette rédemption, ce que Stephen Jourdain appelait de ses vœux et d’une injonction souvent brutale : à nous de ’jouer’ !

Raymond OILLET Le Blog de Raymond Oillet

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