Une science initiatique : la géométrie sacrée

Liber Corax, geometricae hermeticae claves

auteur Roger Benevant préface François Trojani

lundi 20 décembre 2004 par Claire Mercier

L’absolue maîtrise de ces arts manga permet sans conteste de désigner l’auteur de ce mutus liber geometricus comme un Adepte, c’est-à-dire comme un homme qui s’est hissé, par ses veilles et son travail, au sommet du faire, du dire et - ne pas perdre de vue - du savoir taire. Cette somme n’étant qu’un modeste résumé de ce qui pourrait encore être dit, il y a ici des intervalles et quelques silences, qui ne doivent certes pas être pris comme réticences. L’éventuel lecteur y trouvera ainsi sa place savamment aménagée, entre la chose transmissible et la chose recevable.

La somme que nous avons à présenter ici pourrait se dispenser souverainement d’une préface qui en l’occurrence, ne saurait lui ajouter quoi que ce soit. La profondeur de cette hiérohistoire à de la lumiàre, tout le mesurable de sa démesure, a été explorée par l’auteur. Cependant, ce qui s’y trouve révélé aux croisements du fixe et du mobile, analogue à ce que constatent les alchimistes aux angularités médiatrices de leur rubis, a sans doute permis notre rencontre. Aussi n’ai-je d’autre prétention ici que d’exposer à ma manière ce que j’ai pu comprendre, en compagnie de ce maître et ami, des sublimations philosophiques de la forme, jusqu’à parfaite maturation.

L’essentiel de cet ouvrage étant une initiation à la géométrie sacrée, par essence muette, ceux qui sauront par leur travail à faire parler, à résonner et à éveiller ces planches tracées, pourront mettre en mouvement et goûter à l’un de ces excès de lumière qui baigne et infuse tout l’univers. La force sans limite dans la limite à leur deviendra évidente et, souhaitons-le ; si le ciel leur est favorable, l’élèvera jusqu’à cette pointe d’où tout émane et vers laquelle tout converge. Cette somme leur facilitera le chemin, pour peu qu’ils y soient destinés. Ils apprendront à lire les cartes de ces mers qui conduisent jusqu’aux terrae incognitae de la gnose, à frapper à la porte du palais fermé du roi, Grande Empreinte, miroir de la matrice originelle.

L’absolue maîtrise de ces arts manga permet sans conteste de désigner l’auteur de ce mutus liber geometricus comme un Adepte, c’est-à-dire comme un homme qui s’est hissé, par ses veilles et son travail, au sommet du faire, du dire et - à ne pas perdre de vue - du savoir taire. Cette somme n’étant qu’un modeste résumé de ce qui pourrait encore être dit, il y a ici des intervalles et quelques silences, qui ne doivent certes pas être pris comme réticences. L’éventuel lecteur y trouvera ainsi sa place savamment aménagée, entre la chose transmissible et la chose recevable.

Comme toute science initiatique, cette révélation implique un engagement personnel et total pour être reçu, car toute approche du Feu quelle que soit la voie choisie ou l’essence de ses manifestations comporte des risques. Il y a necessairement une extraction réciproque : l’une, de son absolue, l’autre, l’operateur, de tout le relatif, voire du dérisoire des buts qu’il nomme sa vie. Au point de rencontre, ce lieu de transparence suprême entre ce qui est en bas et ce qui est en haut, se pulvérisent et s’effacent toutes les contaminations et les idées préalables sur le réel. Pour y parvenir, il faut pour le moins avoir au préalable, comme l’écrit Paul Valéry, à tué la marionnette. Après, semble-t-il, on peut, avec le relais de sa propre parole retrouvée, verbaliser l’impératif appel à cette libération qu’espèrent l’âme et toute la nature, que ce soit la règle et le compas à la main ou par l’émergence, harmonieusement rythmée avec le cosmos, d’une cristallisation inconnue. Il faudra aussi comprendre le pourquoi et le comment de la toute-puissance différenciante de ce que nous nommons la vie au sein de laquelle, le pur se distille de l’impur et, saisir la chance qu’elle offre.

La géométrie est l’écriture même du Fiat et de sa manifestation, car il n’y a aucun domaine du savoir ou de la connaissance qui ne soit ou ne puisse être géométrisé, de l’infiniment grand à l’infiniment petit, de l’atome à l’étoile... On le verra tout sort ici du sein d’une étoile à six branches, le feu et l’eau entrelacés et, ultérieurement, des dix lieux remarquables à partir desquels se tracent la procession des tensions qui vont cohérer et féconder l’espace et peut-être, par là même, le temps. Quelques hommes ont su intuitivement très tôt que certains de ces signes primitifs que la nature nous offre à profusion exprimaient des ouvertures, des reliances, comme des cordes tendues, des enroulements, entre la toute-puissance de l’origine et à présent, le visible et l’invisible. Plus tard, avec le perfectionnement de la part manquante, cette capacité symbolisante inouïe que l’homme possède, de ces tracés permettront de conjuguer dans un même espace, une idée avec un temps hors du temps, comme ce fut le cas pour l’astrologie, les rites, les mandalas, les glyphes de la magie etc. Toujours, l’homme a eu l’intuition et a recherché les voies d’une participation plus consciente et active à un ordonnancement supérieur. Qu’il s’agisse donc de géométrie, d’alchimie, d’astrologie ou encore d’une de ces autres sciences sacerdotales issues de l’hermétisme occidental, le but est le même : collecter ce qui est épars, rendre l’un-visible, faire que l’idée du Tout descende dans la partie, l’élève ou la féconde jusqu’à l’alliance, qu’on ne saurait confondre avec les amalgames ou les alliages, ni avec un de ces volumineux p�t�s architecturaux modernes.

Pour n’en revenir qu’a l’alchimie, disons que les analogies philosophiques et philosophales sont évidentes entre la Grande Empreinte, cette nef sur l’océan matriciel, et la gemme des philosophes chimiques. D’évidence, les géométries particulières comme les petits particuliers ne visent pas à rendre compte ni à chevaucher les mouvements internes de la vie divine. La quadrature du cercle - rubis ou absolutum des géométres - taillées suivant d’autres angles ne se révèle pas, fort heureusement transmutatoire du vil métal en or des mines. Cependant, pour peu qu’on réfléchisse et travaille, on mettra forcément jour des principes tout aussi quintessenciels que ceux que recherchent encore quelques magnésiens jasons. On y découvrira aussi combien est un et unanime le plain-chant que nous ont transmis nos Pères, combien s’harmonisent, s’adossent, s’emboîtent, se révèlent les unes avec les autres et par les autres, les sciences traditionnelles, laissant ainsi filtrer ce plus haut sensé, comme l’écrit Rabelais.

Comme c’est le cas pour toutes les sciences sacerdotales, cet ouvrage, qui invite à la lecture et à l’écoute du chant de l’univers, du principe se prononçant lui-même, dispose pour se faire d’une herméneutique précise. On n’aura aucune difficulté à discerner le double horizon à de cette approche : la partie écrite, verbalise, et les planches muettes, qui y font face, qui suivent ou précédent, invitant le macrocosme à se joindre au microcosme, l’imprononçable au dire et au symbole. Il y a donc, tout au long de cet ouvrage, une superposition de perspectives et de lectures, et ces figures qui blasonnent l’espace permettrons de situer les points précis où s’est brisée à la phrase du monde. Tout ici est porosité, oscillation entre un principe unique et ses manifestations, entre le géomètre et le fil de l’absolu soigneusement déroulé. L’auteur a pris la peine de tracer ces jeux amoureux de l’éther de lumière, mobile ou fixe, jusqu’à ces noces où se sacre une pluralité de sens. Cristallisant localement certaines des propriétés du Tout, de l’océan matriciel sans bords, ces signifiances polyphoniques s’y dissolvent aussi sans cesse, vitalisant un espace qui s’articule avec l’acte d’être. Ainsi, même effacées, ces figures demeurenté. J’oserais même dire que par ces actes rituels d’ouverture et de fermeture, la craie du tracé gommé retournant à la poussière, le schéma acquiert sa pleine objectivité. Bien sûr, c’est même certain, et c’est aussi le drame de toute révélation publique, rien ne pourra empêcher quelques niais en vue ou de passage, de récupérer ces lumières et de les fourvoyer dans un de ces vertigineux égarements, une de ces sophistiques et brillantes impasses qui ne manifestent généralement que la profanation du mystère par la solution proposée.

Dans le décryptage précis de l’antique labyrinthe, le troùa des Grecs, on retrouvera, l’héritage doctrinal et pratique des Harpédonaptes pour la première fois exposé. On pourra y suivre le cheminement de l’idée sur laquelle s’appuie toute initiation, sa mise en intrigue rituelle et traçante, jusqu’à ce que surgisse l’intelligible qui régit toute chose et que l’on pensait être pulvérisé dans l’accidentel ; jusqu’à ce que résonne le choc de l’universel avec le singulier, d’où jaillit la vie.

A ce stade de la géométrie, il ne s’agit plus d’un calque du réel préexistant, mais bien d’une imitation créatrice, voire recréatrice car l’on aurait tort d’assigner des limites ou une direction unique au Fiat. La peine émergence de la Création encore en dépît, ici, maintenant, est à éveiller et à faire, elle est à l’état de trace, et réservée par Dieu aux hommes de bien. Il y a aussi dans l’intention de ces choses bien plus de théurgie qu’on ne le suppose de prime abord, tout le travail consistant à dérouler avec le feu purificateur, à figurer autrement l’espace confisqué arbitrairement par des dieux, lesquels sont nos hôtes sans que nous soyons les leurs.

On pourra à juste titre être surpris ou reprocher à cette géométrie le fait qu’elle ne s’intéresse absolument pas au volume, ce cuir de l’esprit, ni, partant, à l’espace constructible. En effet, elle le précède, le retourne, voire - comme c’est le cas pour le labyrinthe, véritable à table d’émeraude à pour cette voie - le draine vers l’intérieur d’où il n’aurait jamais dù déborderé Surtout pas vers des hauteurs, comme ce fut le cas pour ceux de Babel ou pour le malheureux Icare, mais vers ce lieu où le divin assigne son existence à une correspondance terme à terme avec la nôtre.

Peut-être trouvera-t-on outrancier de considérer comme suffisant les instruments rituels de la règle et su compas, traçant l’oméga du cercle, cette table sacrale. S’il est fait ici abstraction du niveau, du fil à plomb et de l’équerre, c’est que l’objet principal de ce livre est indispensable et suffisant tracé du plan parfait. Il n’est donc pas fait état que les tensions mesurées, encore à l’état de germes, de symboles, de feu-obscur, de leurs premières expressions au sein desquelles se conscientialisent ou pas le nouveau monde, comme l’évoque le Psaume 103,30 : Emitte spirituum tuum et creabuntur, et renovabis faciein terme (Envoie ton esprit pour une nouvelle création, et l’aspect du monde en sera renouvelé). Qu’il eût fallu ou non bâtir cette foire de crimes et de masses, pâles copies du plan parfait, tous ces temples et ces monuments, comme étant des nœuds à leur mouchoir ceux qui oublient ou qui ont la tête vide, n’entre pas dans les préoccupations du géomètre. Il est ici signifié comment les formes, ces symboles ou ces anges avec lesquels Dieu maintient et transmute sa création, peuvent-être assistés dans leur tâche de préparation à ces nouveaux cieux et à cette nouvelle terre dont parle l’Apocalypse de Jean.

François Trojani.

Références : Liber Corax, geometricae hermeticae claves, de Roger Bénévant, Préface de François Trojani, Edition Dervy. 2004.

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