Chamanisme au Gabon

Initiation à l’Iboga, rites du Bwiti

Le bois sacré

dimanche 17 février 2013 par Claire Mercier

Entretiens avec Tatayo par Marion Laval-Jeantet

" Du Bwiti, on peut dire qu’il s’agit surtout d’un ensemble de sociétés secrètes religieuses, qui se sont formées autour d’une trame commune héritée du monde pygmée, dans laquelle l’iboga, plante sacrée et révélatrice, joue un rôle central en donnant accès aux visions censées élargir les capacités de la conscience. Dans le culte de Bwiti, l’iboga est conçu comme enthéogène (en-théo-gène), ce qu’on peut traduire par qui engendre Dieu ou l’Esprit à l’intérieur de soi. "

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Paroles d’un enfant du Bwiti

Peu de temps après avoir moi-même plongé dans le Bwiti, j’y rencontrais un homme étonnant, d’origine gasconne, que tous appelaient Tatayo, " papa d’accord ", tant il leur était familier. Tatayo est un personnage incontournable de l’univers gabonais du Bwiti. Il est l’un des premiers étrangers à avoir été initié à ce culte, il y a plus de vingt ans, et il y a fait son chemin jusqu’à devenir un nganga respecté du Disumba et à construire son propre corps de garde, aujourd’hui siège d’une association pour la préservation et la transmission des savoirs traditionnels pygmées et bantous : Nature-Culture Ebando. Mais cet homme au regard tout à la fois sage et rigolard est surtout un puits de connaissances dans les choses du Bwiti. Du haut de ses trente-trois années passées à sillonner le Gabon en tous sens, parlant fang couramment et apprenant les trois différents dialectes pygmées, il est l’un des rares à pouvoir éclairer le profane - et même le banzi - de manière lumineuse sur les traditions ésotériques et spirituelles du pays qui est devenu le sien.

Tatayo, que d’autres surnomment S’en-fout-la-mort ! depuis qu’il traversait les villages en trombe au volant de son semi-remorque, est celui auquel s’adressent les scientifiques qui veulent rejoindre les groupes pygmées de la forêt primaire, celui qui guide les documentaristes vers les nganga, maîtres initiateurs, celui que l’université appelle quand elle veut construire un corps de garde pour les séminaires sur le Bwiti du L.U.T.O. , celui qui organise des rencontres musicales interafricaines inattendues. Bref, celui chez qui tombent tous ceux qui cherchent à comprendre les savoirs ancestraux du Gabon, qu’ils soient Gabonais, Français, Américains ou Japonais. Et il fait ce travail avec dévouement, en vivant au jour le jour, car du moment où il a croisé son essence dans le Bwiti, il a compris que telle était sa route. Tatayo m’a grandement aidée à interpréter l’univers du Bwiti, alors que je décryptais les cahiers de notes accumulées auprès d’une dizaine de nganga pour mon livre Voyage en Iboga ; et je m’étonnais alors qu’il n’ait jamais retranscrit sa prodigieuse expérience. Seulement, comme tout nganga gabonais qui se respecte, Tatayo n’écrit pas, il parle ! C’est pourquoi je lui ai prêté ma plume, afin de transmettre ici le fruit de nos entretiens, ceux d’une ethnopsychiatre initiée trois ans auparavant à des savoirs traditionnels essentiels et d’un homme d’expérience qui a construit sa vie dans leur respect. Je l’ai écouté patiemment et ai organisé ses nombreuses paroles, relevées au cours de plusieurs séjours à ses côtés, pour que tous puissent enfin bénéficier de ses enseignements, et comprendre combien entrer dans le Bwiti peut bouleverser un destin.

Le voyage de Tatayo

 ..."Et le voyage de Hugues commence. Enorme et complexe. Un de ces voyages que seuls le Disumba et ses fortes doses de Bois savent procurer, emportant àtravers le cosmos dans un élan qui dépasse la simple échelle terrestre du passé et du présent. Un voyage dans lequel on croit mourir et renaître dans plusieurs dimensions, et où les lois de la cosmogonie et de l’essence même de la vie se dessinent dans l’esprit de l’initié, avec une telle lisibilité qu’elles sont comme devant lui. Ce voyage du Disumba, bien souvent on le fait absent du monde physique, quasi évanoui sur sa natte, mais l’âme bien éveillée, absorbant jusqu’à n’en plus pouvoir les images multiples qui se présentent à elle, et dont elle ne comprend qu’à moitié les tenants et les aboutissants."

" Voilà la réalité, nous dit Tatayo, le Bwiti permet de toucher la Lumière, et la Lumière est un trésor qui n’est pas transmissible en lui-même, car l’expérience de chacun dans le Bwiti est unique. Donc forcément, c’est un secret. Tout ce qu’on réalise en mangeant le Bois est sacré, la Lumière qui entre en soi est intraduisible par les mots ; on pourrait peut-être la traduire par un chant, une danse, un poème ou même un clin d’œil, une œuvre artistique. œuvre qui en Afrique n’a pas ce statut, mais est créée, tout simplement. "

Commander en ligne "Paroles d’un enfant du Bwiti ", de Marion Laval-Jeantet, Edition L’Originel-Antoni, www.loriginel.com

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