Nouveauté à L’Originel / New about Gurdjieff books

Gurdjieff, Maitre spirituel

Patrick Négrier

lundi 21 mars 2005 par Claire Mercier

Patrick Négrier, né en 1956, est licencié en philosophie (Sorbonne, université de Paris IV), et a publié chez divers éditeurs (Grasset, Albin Michel, le Rocher, Télétés, et Ivoire-clair) quatorze ouvrages sur la philosophie de l’architecture sacrée et sur l’histoire de la pensée d’une société initiatique moderne.
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Gurdjieff
Gurdjieff Maitre spirituel

Georges Ivanovitch Gurdjieff (1866-1949) fut, dans le contexte socio-historique de la civilisation judéo-chrétienne et islamique, qui s’inscrit dans une même tradition diversifiée du Livre elle-même héritière des traditions antérieures des antiquités mésopotamienne et égyptienne, le rénovateur du contenu ésotérique de cette tradition, puisque l’essentiel de son œuvre écrite et vécue porta sur la distinction des trois formes typiques de conscience accrue au sein desquelles trois formes particulières de mort psychologique conditionnent trois formes particulières de résurrection.

Il semble que ce soit cette distinction expérimentale et à visée pratique des trois formes typiques de la conscience humaine qui constituait l’essentiel du secret initiatique, si jamais il y en eut un. C’est par cette distinction des trois formes de conscience accrue que l’apport de Gurdjieff, devançant en cela les résultats analogues de Carlos Castaneda, nous apparaît comme l’équivalent, dans l’occident chrétien, de la tradition toltèque du Mexique.

Et c’est vraisemblablement cette distinction des trois formes typiques de la conscience accrue que les élèves de la tradition gurdjievienne devront mettre pratiquement en œuvre s’ils désirent, comme leurs devanciers dans la même tradition ésotérique depuis plusieurs millénaires, accéder eux aussi effectivement à un salut historique qui ne peut être que partagé par tous.

Oui, Gurdjieff avait raison : la vie ne demeure effectivement possible que lorsque J’existe en qualité de sujet, c’est à dire de raison qui, parce qu’elle a consenti à s’assujettir à l’Esprit de vie, à l’Etre et aux vertus qui en découlent, peut conserver son existence et celle d’autrui en assujettissant sa volonté et ses désirs à ces principes transcendants.

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Rencontres avec des hommes remarquables

Il convient en premier lieu de préciser, lorsqu’on aborde cet ouvrage, que toutes les indications de noms propres et de lieux contenues dans ce recueil autobiographique ne sont pas nécessairent fidèles à la vérité historique et peuvent soit avoir été substituées par prudence aux indications exactes, ou bien valoir au simple titre de références culturelles allégoriques ayant une valeur pédagogique ou didactique intentionnelle. Pour faire la part du vrai et du faux dans les références patronymiques et topographiques de cet ouvrage de G., je renvoie à la biographie consacrée à ce dernier par James Moore qui s’essaye à une telle tâche de discernement. Rencontres avec des hommes remarquables se présente comme un recueil de neuf biographies précédé d’une introduction et suivi d’un chapitre final sur é La question matérielle é.

A la fin du chapitre introductif de cet ouvrage, Gurdjieff définit l’homme remarquable comme celui qui est maître de sa nature et qui se montre indulgent pour les faiblesses d’autrui. Il n’est évidemment pas ici question de résumer les diverses leçons morales qui s’attachent respectivement à chacune de ces neuf biographies dont la sixième contient également la biographie d’une femme remarquable dénommée Vivitskaïa. Il appartient au lecteur de recollecter lui-même ces leçons morales en lisant lentement et attentivement ce précieux recueil.

Notre tâche ici doit consister à dégager le ou les thèmes communs de ces diverses biographies qui définissent l’intention première et dernière de ce recueil. Au début de celui-ci, G. définit lui-même le but de son ouvrage : préparer son lecteur à percevoir la réalité non illusoire. Comment rendre compte de cette réalité non illusoire qui constituerait l’enseignement commun à chacune de ces diverses biographies ? S’il est probable que dans cet ouvrage mésotérique, c’est à dire intermédiaire entre l’exotérisme des Récits et l’ésotérisme de La Vie, G. n’a pas thématisé in abstracto cette notion de réalité non illusoire mais s’est contenté de la décrire sous la forme de biographies exemplaires, il n’en demeure pas moins que nous pouvons essayer de dégager dans ce recueil les quelques thèmes qui paraissent y revenir le plus fréquemment.

Il semble que le thème le plus fréquent dans les Rencontres soit celui de l’eschatologie, relatif à la mort corporelle et à ses conséquences de tous ordres, y compris celles psychologiques et morales (cf. à ce sujet Ps. 89,48-49 ; 90,9-10.12). Tout d’abord Gurdjieff rappelle que l’existence humaine peut être abrégée par la disharmonie dans le fonctionnement des diverses composantes de l’être humain. La vie humaine pouvant être abrégée par une mort accidentelle, G. rapporte l’opinion de son père charnel selon lequel l’être humain devait à conquérir sa liberté intérieure à pour se préparer ainsi une heureuse vieillesse. Par ailleurs le maître a noté l’effet que lui avait procuré dans sa jeunesse une expérience du risque de mort, et il raconte comment, s’étant trouvé dans une situation extrême où il avait failli perdre la vie, il avait alors dans cette situation expérimenté une à sensation complète de [lui-]même. Il apparaît ici que le rapport personnel et existentiel à la mort a le pouvoir d’éveiller la sensation de la totalité de soi-même, thème qui sera repris et explicité par Gurdjieff dans son essai intitulé La Vie n’est réelle que lorsque Je suis. Quant à la question de l’au-delà post-mortem, G. rapporte l’opinion de son père charnel qui pensait qu’au cours de la vie peut se confectionner un quelque chose à qui survit à la mort corporelle pendant un certain temps et réagit au milieu ambiant. Or la confection de cet élément qui survit au corps pendant un certain temps peut être cultivée et développée de manière volontaire. C’est ainsi qu’on voit dans Rencontres un derviche âgé et éprouvé par la vie à consacrer le reste de sa vie au salut de son âme. Lorsque G. rapporte au même endroit que ce derviche (probablement un bektashi), après avoir trouvé une retraite éloignée de toute agitation mondaine, s’y êtait fixé en compagnie de quelques hommes désireux de vivre suivant ses indications, il semble décrire là un modèle probable de la forme de vie qu’il adopta lui-même dans l’exercice de sa propre fonction de maître spirituel occidental.

Le thème qui paraît occuper la seconde place du point de vue de la fréquence dans Rencontres, c’est celui de l’éducation (thème au reste récurrent tout au long de l’histoire de la philosophie occidentale). Gurdjieff y déclare avoir sacrifié sa vie personnelle à l’étude du problème vital de l’éducation. De fait dans son recueil de biographies, il n’a pas seulement décrit et analysé le rôle de ses deux premiers éducateurs que furent son père charnel et le curé Borsh. Il a également défini l’enfance comme à cette période où se constituent en l’homme les données pour les impulsions dont il disposera au cours de sa vie responsable.

Enfin G. aborde dans Rencontres un troisième thème qui fera précisément l’objet d’une analyse approfondie dans La Vie n’est réelle que lorsque Je suis  : il s’agit du thème du rôle de la volonté qui joue au plan éthique un rôle déterminant. Or ce n’est pas seulement ce thème du rôle éthique de la volonté que nous retrouverons dans La Vie ; ce sont aussi les deux thèmes abordés ci-dessus de l’eschatologie et de l’éducation que Gurdjieff reprendra dans le volume suivant de sa série " Du Tout et de tout ", mais en ressaisissant ces trois thèmes dans une dialectique unique où il les expliquera en faisant ressortir les liens logiques et existentiels qui les unissent.

Commander l’ouvrage "Gurdjieff, Maitre spirituel" de Patrick Négrier : www.loriginel.com

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