Fragments d’un enseignement inconnu

Gurdjieff et l’ennéagramme

P.D. Ouspensky, traduction de Philippe Lavastine

lundi 18 janvier 2016 par Claire Mercier

Georges Ivanovitch Gurdjieff, personnage étonnant de ce 20ème siècle passé, a apporté en Occident le fameux symbole de " l’Ennéagramme ". Où l’a-t-il trouvé ? Nul ne le sait : symbole qui se perd dans la nuit des temps, symbole traditionnel, symbole de différentes communautés, chacun y va de sa petite chanson, mais en réalité nul ne le sait. Peut-être l’a-t-il tout simplement inventé. Cela démontrerait encore plus son génie. A l’heure actuelle chacun s’y réfère, mais peu citent le nom de Gurdjieff. Gurdjieff disait que l’Ennéagramme était la porte pour acquérir " la Pierre Philosophale ".

Charles Antoni.

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Gurdjieff

"Une des idées centrales de la science objective, disait Gurdjieff, est l’idée de l’unité de toutes choses, de l’unité dans la diversité.[...] Avec la conscience objective, il est possible de voir et de sentir l"unité de toutes les choses". Mais pour la conscience subjective, le monde est fragmenté en des millions de phénomènes séparés et sans lien."

 é Parmi les lignes d’enseignement plus ou moins connues, on peut en distinguer quatre :

- Hébraïque.

- Egyptienne.

- Iranienne.

- Hindoue.

é D’ailleurs, nous ne connaissons de la dernière que sa philosophie, et des trois premières, que des fragments de leur théorie.

é En dehors de ces lignes, il en existe deux, connues en Europe, la théosophie et le soi-disant occultisme occidental, qui sont les résultats du mélange des voies fondamentales. Ces deux lignes portent en elles-mêmes des grains de vérité, mais ni l’une ni l’autre ne possède la science intégrale, et par conséquent, tous les efforts tentés sur ces voies pour parvenir à une réalisation effective ne peuvent donner que des résultat négatifs.

é L’enseignement dont nous exposons ici la théorie est complètement autonome, indépendant de toutes les autres voies, et jusqu’à ce jour il était demeuré entièrement inconnu. Comme d’autres enseignements, il fait usage de la méthode symbolique, et l’un de ses symboles principaux est la figure que nous avons mentionnée, c’est-à-dire le cercle divisé en neuf parties.

é Ce symbole prend la forme suivante :

é Le cercle est divisé en neuf parties égales. La figure construite sur six de ces points a pour axe de symétrie le diamètre issu du point supérieur. Ce point est le sommet d’un triangle équilatéral construit sur ceux des neuf points situés hors de la première figure.

é Ce symbole est inconnu des é occultistes é. Il ne saurait être trouvé dans aucun de leurs livres, il ne fait pas davantage l’objet d’une tradition orale. La signification de ce symbole était estimée d’une telle importance par ceux qui la connaissaient qu’ils ne voulurent jamais la divulguer.

é A peine pourrait-on trouver quelques traces ou représentations partielles de ce symbole dans toute la littérature.

Etude sur les origines et la nature du Zohar par S. Karppe, Paris 1901, page 201, il y a un dessin d’un cercle divisé en neuf parties avec la description suivante :

 

é Si on multiplie 9x9, le résultat est donné au-dessous par le de la colonne de gauche est le1 de la colonne de droite ; de même 9x8, le produit est indiqué par le 7 de gauche et le 2 de droite ; de même 9x7. A partir de 9x5 l’ordre est renversé, c’est-à-dire le nombre représentant les unités passe à gauche et celui des dizaines passe à droite. é

 

é Le symbole qui prend la forme d’un cercle divisé en neuf par des points, reliés entre eux dans un certain ordre par neuf lignes, exprime la loi de sept dans son union à la loi de trois.

é L’octave comporte sept tons, et le huitième est une répétition du premier. Avec les deux é chocs additionnels é qui comblent les é intervalles é mi-fa et si-do, il y a donc neuf éléments.

é Envisagé dans sa structure intégrale, plus complexe que celle qui vient d’être montée, ce symbole est une expression parfaite de la loi d’octave. Cependant, ce que nous en avons donné suffit à faire voir les lois internes d’une octave et à indiquer une méthode de connaissance de la nature essentielle d’une chose examinée en elle-même.

Fragments d’un enseignement inconnu, éd. Stock, Chap. 14, p.403 à 406.

 

 [...]

G. revient sur l’ennéagramme en de multiples occasions :

- Chaque tout intégral, chaque cosmos, chaque organisme, chaque plante est un ennéagramme, disait-il. Mais tous les ennéagrammes n’ont pas nécessairement un triangle intérieur. Lorsque, dans un organisme donné, se trouve le triangle intérieur, c’est preuve d’une présence d’éléments supérieurs, selon l’échelle des é hydrogènes é. Ce triangle intérieur est possédé par des plantes telles que le chanvre, le pavot, le houblon, le thé, le café, le tabac et beaucoup d’autres qui jouent un rôle dans la vie de l’homme. L’étude de ces plantes peut nous révéler beaucoup en ce qui regarde l’ennéagramme.

 

é D’une manière tout à fait générale, il faut comprendre que l’ennéagramme est un symbole universel. Toute science a sa place dans l’ennéagramme, et peut être interprétée grâce à lui.  Et, sous ce rapport, il est possible de dire qu’un homme ne connaît vraiment, c’est-à-dire ne comprend, que ce qu’il est capable de situer dans l’ennéagramme. Ce qu’il ne peut situer dans l’ennéagramme, il ne le comprend pas. Pour l’homme qui sait l’utiliser, l’ennéagramme rend livres et bibliothèques entièrement inutiles. Il n’est rien qui ne puisse entrer dans l’ennéagramme et y être déchiffré. Un homme isolé dans le désert tracerait-il l’ennéagramme sur le sable, il y pourrait lire les lois éternelles de l’univers. Et il apprendrait chaque fois quelque chose de nouveau, quelque chose dont il ignorait tout jusqu’alors.

 

é Que deux hommes ayant étudié dans des écoles différentes se rencontrent et tracent l’ennéagramme, avec son aide, ils seront capables de voir immédiatement celui qui en sait le plus, celui qui est le plus avancé ; en d’autres termes, lequel est l’aéné, le maître, et lequel est l’élève. L’ennéagramme est le hiéroglyphe fondamental d’un langage universel, qui a autant de sens différents qu’il y a de niveaux d’hommes.

 

é L’ennéagramme est le mouvement perpétuel, il est ce perpetuum mobile que les hommes ont cherché depuis la plus lointaine antiquité - toujours en vain. Et il n’est pas difficile de comprendre pourquoi ils ne pouvaient pas le trouver. Ils cherchaient en dehors d’eux-mêmes ce qui était en eux ; et ils essayaient de construire un mouvement perpétuel comme on construit une machine, alors que le mouvement perpétuel est une partie d’un autre mouvement perpétuel et ne peut être créé hors de celui-ci. L’ennéagramme est un diagramme schématique du mouvement perpétuel, c’est-à-dire d’une machine au mouvement éternel. Mais bien entendu, il est nécessaire de savoir comment lire ce diagramme. La compréhension de ce symbole et la capacité d’en faire usage donne à l’homme un très grand pouvoir. C’est le mouvement perpétuel, et c’est aussi la pierre philosophale des alchimistes.

é La science de l’ennéagramme a été très longtemps tenue secrète et si elle est maintenant, en quelque sorte, rendue accessible à tous, ce n’est que sous une forme incomplète et théorique, inutilisable pratiquement par quiconque n’aura pas été instruit dans cette science par un homme qui la possède.

é L’ennéagramme, pour être compris, doit être pensé comme étant en mouvement, comme se mouvant. Un ennéagramme figé est un symbole mort ; le symbole vivant est en mouvement.

 

é Bien plus tard - c’était en 1922, lorsque G. organisait son Institut en France et que ses élèves étudiaient des danses de Derviches - G. leur montra des exercices qui se rapportaient au é mouvement de l’ennéagramme é. Sur le plancher de la salle où avaient lieu ces exercices, un grand ennéagramme avait était tracé, et les élèves se tenaient aux places marquées par les nombres de 1 à 9.

Ils se mirent alors à évoluer d’une place à l’autre selon l’ordre indiqué par la période des nombres, dans un mouvement très prenant, tournant l’un autour de l’autre aux points de rencontre, c’est-à-dire aux points d’intersection des lignes dans l’ennéagramme.

 

é G. rappelait à cette époque que les exercices de mouvement selon l’ennéagramme occuperaient une place importante dans son ballet la Lutte des Mages é. Et il disait aussi que, si l’on ne participait pas à ces exercices, si l’on n’y tenait pas une place quelconque, il était impossible de comprendre l’ennéagramme.

 

é - L’ennéagramme peut être vécu par le mouvement disait-il. Le rythme même des mouvements suggérera les idées nécessaires et maintiendra la tension nécessaire ; sans eux, il est impossible de sentir ce qui est le plus important. é

Fragments d’un enseignement inconnu, éd. Stock, Chap. 14, p.413 à 415.

 

Publications sur l’ennéagramme aux éditions L’Originel : 

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Gurdjieff

De l’homeopathie à l’ennéagramme, Dr F. Schmitt et B. Bollero.

"Le point de départ du travail avec l’ennéagramme, au plan individuel, est bien sûr d’établir un diagnostic typologique correct. C’est tout le problème de la validité d’une méthode : mesure-t-elle ce qu’elle est censée mesurer. Tous les questionnaires, les tests, les exercices réalisés en groupe conduisent-ils à un diagnostic typologique correct et comment le vérifier ?
Combien de personnes se sont-elles trouvées classées différemment au gré des stages et des professeurs ? Notre travail de rapprochement avec l’homéopathie nous a imposé de disposer d’une méthodologie de diagnostic des types, rigoureuse, fiable, reproductible et rapide puisque le diagnostic du remède homéopathique en dépendait. La fonction créant l’organe, nous avons développé progressivement une méthode de décodage remplissant ces critères et nous l’avons validée auprès de nos premiers élèves médecins homéopathes."
[Extrait de l’introduction]


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Gurdjieff

L’ennéagramme dans la pratique soufie, Philippe de Vos

Philippe de Vos ne rejette pas ce que les approches psychologiques ont fait de l’ennéagramme, il en montre les limites et en fait une première approche possible. C’est pourquoi, après avoir indiqué les origines de la tradition soufie de l’ennéagramme, l’utilisation qu’en firent Gurdjieff, Oscar Ichazo ou le jésuite Robert Ochs, il présente les principes de la science des neuf points et développe chacun des neuf types, d’abord succinctement dans le cadre de la tradition soufie.


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